témoignages

 

des soeurs de la communauté

parlent de leur expérience de vie monastique ...

 

... des hommes et des femmes disent

ce qu'ils viennent chercher au monastère,

partagent ce qu'ils y trouvent

 

Soeur Bénédicte ...

"Comment peut-on être moniale en 2006 ?" Pour beaucoup de nos contemporains, y compris des personnes de ma famille et de mes amis, cela paraît aussi curieux et incompréhensible que cette question que posait Montesquieu au XVIII° siècle : "Comment peut-on être persan ?" !

Il n'y a rien d'exceptionel dans notre vie. Mais il a cette quête, cette fascination d'un visage, celui du Christ, Image du Père. Ce visage pour qui j'ai tout quitté et pas mal enduré, je le cherche sans relâche dans une vie simple, partagée entre le travail, la vie fraternelle, les offices qui rythment notre journée, la prière et la lectio divina, jalonnée par les joies et les difficultés inhérentes à toute vie ordinaire. Une question aussi : "Qui est ce Jésus de Nazareth ?", et puis la sienne qu'Il nous adresse, qu'il m'adresse : "Pour vous qui suis-je ?", orientent notre agir et notre être ensemble au monastère.

Après dix années de présence, la vie monastique m'apparaît de plus en plus comme un chemin d'humanité, vrai chemin vers Dieu. Plus je me laisse approcher par Dieu en son Verbe et son enseignement dans l'Ecriture, plus je deviens humaine, et plus je deviens humaine, plus je m'approche de Lui. Travail de patience et de persévérance, véritable oeuvre de "maïeutique". Aiguillon aussi réel qu'insaisissable, le visage du Seigneur me talonne et me précède. Au fil des jours sa fidélité est ma fidélité.

Ces vers du poète Aragon disent si bien ce qu'il en est : "Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre. Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant ; que cette heure arrêtée au cadran d'une montre. Que serais-je sans toi que ce balbutiement ... ?"

 
 

 

... François Baudin

Nous sommes en un temps où la frénésie s’empare du monde. Il n’est pas d’endroit de la terre où l’homme n’ait exercé sa domination. Le monde a été conquis ; en maints endroits la technique s’est déchaînée, le monde a été soumis : il est devenu connu, exploité, concurrentiel, accessible, cultivé, en proie à des luttes de pouvoir. Il n’est pas d’endroit où l’homme n’a pénétré ; chaque parcelle a été prise, est devenue proche et profitable. Nous pouvons savoir immédiatement et instantanément ce qui se passe à l’autre bout de la planète. On peut vivre simultanément un attentat à Bagdad, une révolte de paysans pauvres dans une grande propriété du Brésil, une épidémie en Afrique, les dernières caricatures danoises. Le temps n’est plus que vitesse, l’espace qui a été aboli est devenu un lieu de conquête, d’investigation, de profit ou de guerres.

Vraiment face à une telle époque, qui n’est pas nouvelle mais devient évidente à tous dans sa nature profonde, nous posons la question du Pourquoi ? Pour quel but ? Où allons-nous ? Quoi ensuite ? Le sens semble être perdu, les repères nous échappent.
Une sorte de menace de perdre nos dernières forces spirituelles nous étreint. Notre relation à l’Être devient fragile dans un monde où tout se transforme en marchandise.
Nous avons l’impression d’être pris dans un étau.

Lorsque j’entre à Ubexy, à l'Abbaye, le silence m’envahit immédiatement ; la paix est là en quelques secondes. Je sens la Présence. Je place une garde à ma bouche, a dit saint Bernard. C’est bien dans la solitude, le désert et la prière que Dieu habite aussi, se manifeste. En moi, je fais silence et l’écoute du Verbe s’effectue. Je deviens accueil, réception de la Parole. Les idées confuses, la tyrannie du monde s’estompent, le flot de pensées inutiles se tarit peu à peu. Le silence et la prière sont les seuls remèdes à notre infirmité. Nous entrons dans un domaine de paix alors que le monde peut nous sembler l’endroit où s’étend le domaine de la lutte.
Ubexy est bien ce lieu qui nous donne l’unité. Don sans mesure, sans échange, don gratuit. Il suffit de venir et on reçoit.

Le multiple, la division, le superficiel, l’artificiel cessent. Nous nous unifions peu à peu, nous nous réunifions. N’est-ce pas le sens du mot re-collection, recueil ? : recueillir ce qui est épars, divisé, séparé. S’unifier. Voilà le remède proposé par les soeurs d’Ubexy, voilà le don de leur prière, de leur attention, de leur accueil.

Notre séjour dans le monastère n’est jamais très long, mais il suffit, pour un temps, à nous redonner forces et confiance.
De retour dans le monde nous pouvons à nouveau devenir des témoins qu’une autre vie est possible. Le cœur s’est renforcé. Notre amour du monde où Jésus est venu pour vivre notre vie, est plus fort. L’envie de combler le manque et la distance qui nous sépare de notre frère, devient plus grand ; notre désir d’une vie meilleure où règne la fraternité, l’amour du prochain, le règne de Dieu, guide nos pas.

Mais il faudra à nouveau revenir à l'Abbaye dans quelques mois, ou dans quelques semaines un peu comme on vient recharger les batteries d’un véhicule.
Les sœurs seront là, nous en sommes sûrs, pour nous accueillir, nous transmettre, nous donner ce qui ne peut pas se mesurer : l’amour de Dieu.

 

Soeur Humbeline ...

J'étais jeune, j'aimais Jésus et je me savais aimée de Jésus. Je parcourais aussi la route de mon existence : j'aimais la vie avec ma famille, mes amis, ma vie professionnelle, mes paroisses, les temps libres partagés entre loisirs et aide aux plus démunis.
A la lecture de l'Evangile du jeune homme riche il m'a paru évident que Jésus me posait la question de la plénitude de sens de ma vie. Trois possibilités s'offraient à moi : poursuivre ma route ainsi, fonder un foyer, tout quitter pour suivre le Christ dans la vie consacrée. J'ai cheminé des ans avec cette interrogation personnelle, ouverte aux trois offres. Peu à peu une évidence s'est faite jour : suivre le Christ dans la vie monastique. C'est ainsi que j'ai frappé à la porte du monastère d'Ubexy dans le but de discerner l'authenticité de l'appel.
Depuis 1959, année de mon entrée au monastère, j'ai découvert cette vie d'amour oblatif, de service concret et généreux, pour l'Eglise dans une communauté. Ce n'est pas tous les jours facile, mais en gardant mon regard fixé sur le visage du Seigneur, je tiens bon et je rencontre cet amour qui sauve et fortifie en moi "l'homme intérieur", qui me permet de dire avec le psalmiste: "J'ai dit au Seigneur : Tu es mon Dieu, je n'ai pas d'autre bonheur que toi" (Ps 15,2) et maintenant que j'ai vieilli, "je dirai aux hommes de ce temps ta puissance et à tous ceux qui viendront tes exploits" (Ps 70, 18).
 
 

 

... Denyse, mariée, 4 enfants, 3 petits-enfants

- Il est 9h. Je sonne et pousse la porte du monastère un peu comme si je rentrais chez des amis. En effet, je suis tout de suite accueillie avec un grand sourire par soeur B., hôtelière. On s'embrasse, on se donne des nouvelles. Mais vite, c'est l'heure de l'office de Tierce. Nous nous rejoignons à l'église, chacune dans son espace réservé mais proches.
Je retrouve avec plaisir des soeurs qui, au fil des jours et des années me deviennent familières ; mais en venant au monastère parmi elles, soutenue par leur prière, je me retire aussi au désert pour prier Dieu plus intensément, Lui donner du temps, rien que pour Lui.
Et les soeurs d'Ubexy qui ont donné leur vie pour Dieu, m'entraînent doucement sur ce chemin d'amour et d'abandon. C'est pour moi, un lieu-source au coeur d'une vie active dans le monde.
Je croise soeur A. avec qui je mets au point une prochaine rencontre amicale et spirituelle entre laïcs amis du monastère. Puis, je me retire dans une belle petite chambre au calme pour lire, travailler, méditer ou me reposer.
Mais l'église ou un petit oratoire restent ouverts. La campagne est superbe aussi autour du monastère pour marcher un peu...
- 12h : après le court office de sexte suivi dans le petit livret déjà tout préparé à mon intention, repas en solitaire. Tout est prévu, tout chaud, abondant. Puis je fais la petite vaisselle...comme chez moi.
- 14h15 : office de None puis je garde un moment la porterie pour que soeur B. puisse participer à une réunion avec ses soeurs. Je rends grâce pour cette confiance qui m'est faite : petit service mais grande joie de pouvoir être utile. Un peu plus tard, je croise Mère C. abbesse du monastère, qui m'invite à venir donner mon avis sur la création d'une affiche concernant les laïcs cisterciens : "les couleurs, çà va ? et cette photo ? " ...
- 17h15 : heure du bel office de Vêpres où la prière chantée des psaumes à laquelle je participe discrètement nous réunit devant le Seigneur.
- 19h : repas du soir. Il y a deux nouveaux hôtes dont un frère australien avec lequel j'échange joyeusement en charabia franco-anglais.
- 20h : office de complies avec les très beaux psaumes du soir qui invitent à la paix et à prier avec Marie.
Offices, lecture, repas, échanges, travail, repos : il n'y a pas de rupture dans la prière au cours de cette journée. Elle prend seulement des couleurs différentes suivant les heures du jour. Et je sais que là au monastère ou dans ma vie quotidienne fort remplie, il en va de même. Quand on aime quelqu'un, son conjoint, ses enfants, ses amis, il faut des temps d'intimité et des temps d'action, des temps où on parle et des temps où on se tait. Avec Dieu, c'est pareil.
Au monastère, c'est cependant mon temps privilégié de tête à tête avec Dieu soutenu par la prière et la présence fraternelle des soeurs . C'est un temps où j'apporte aussi un peu de la vie du monde au monastère. Chacun sa vocation, mais nous sommes les uns et les autres chercheurs de Dieu et de nous voir marcher ensemble vers Lui, je crois qu'Il s'en réjouit !
A 4h, je ferai sonner mon réveil pour aller à l'office de nuit ; une démarche qui coûte parfois mais qui a toujours un parfum exceptionnel de fête car si pour les soeurs , c'est tous les jours, pour moi c'est quelques fois dans l'année seulement. Mais d'une fête à l'autre, j'en garde le goût et les bienfaits.
Merci mes soeurs d'Ubexy, ou moines et moniales d'autres monastères, de nous ouvrir vos portes et de partager avec nous votre prière.
"Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux."

St Maximilien Kolbe (1894-1941) franciscain et martyr disait ceci :

"La vie intérieure est une chose primordiale... La vie active est la conséquence de la vie intérieure et n'a de valeur que si elle en dépend ... Ne soyons pas inquiets pour des choses sans nécessité, mais doucement et dans la paix, essayons de garder le recueillement de l'esprit et d'être prêts à la grâce de Dieu. Voilà pourquoi le silence nous aide."

 

Soeur Christine ...

Je ne dirai pas pourquoi je suis entrée au monastère ni pourquoi j'y reste. Les bonnes raisons sont ce qui résiste le moins au temps qui passe ! Mes certitudes, mais il vaudrait mieux parler de fondements, se situent au niveau du "pour qui". Une vie monastique, la mienne en l'occurence, est d'abord une vie qui, comme celle de tout un chacun, passe par des joies et des épreuves, des espoirs et des doutes, bref, traverse l'ordinaire du quotidien avec ses hauts et ses bas pour s'inscrire dans la durée, celle d'une présence.

Se pose alors la question du sens : elle m'habite depuis qu'au cours de ce qu'on appelait la communion solennelle, j'ai répondu au "croyez-vous en Dieu" qui nous était adressé, par un "je ne sais pas". Je prenais conscience que Dieu n'était pour moi qu'un mot vide ... Jusqu'au jour où, bien des années plus tard, sa Parole est venue faire brèche dans l'impasse de non sens où je m'étais enfoncée depuis. La reconnaissance du Christ dans le serviteur transpercé du chapitre 53 d'Isaïe marqua cette entrée par la foi dans ce qu'un document de notre Ordre décrit comme un processus de "transformation progressive de la personne à la ressemblance du Christ par l'action de l'Esprit de Dieu". Et qui pourrait jamais se dire arrivé au terme d'un tel itinéraire ? Il n'a rien d'une route plane et facile, il passe par mes pesanteurs et mes reprises. La patience de Dieu est l'autre nom de sa fidélité. Car quelqu'un, c'est sûr, me travaille et mon expérience monastique continue de prendre corps dans cette ouverture à Celui qui est le chemin, la vérité, la vie, le Verbe fait chair pour nous sauver. C'est ce que j'ai voulu exprimer en mettant sur le faire part de ma profession solennelle, en décembre 1983, ces mots du jeune Samuel : "Me voici puisque tu m'as appelé". Ma vie était pour Celui qui lui donnait sens, à tous les sens du terme !

La tradition cistercienne est le terreau où cette relation au Christ prend forme et se développe, en particulier à travers la liturgie, la méditation de la Parole, le travail manuel, la vie fraternelle. Autant de lieux où je suis sollicitée de croître en réceptivité, à l'autre et au Tout autre, inséparablement, selon que le rappelle magnifiquement Benoît XVI dans son encyclique : « Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être «pieux» et accomplir mes «devoirs religieux», alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement «correcte», mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer ». Le chemin continue donc vers la source, avec la grâce de Dieu et le secours des prières de ceux qui, proches ou lointains, se tournent vers Lui. Je crois à la communion des saints, c'est pour moi une force sur la route.

 
 

 

... Bernard Turkawka

Quelques réflexions sur le monastère

Le monastère n'a pas pour fonction d'enfermer, voire même d'isoler. C'est un lieu de rencontre avec soi-même et avec Dieu. Si la prière y semble plus facile, ce n'est pas seulement parce que l'on se sent loin de l'agitation quotidienne du monde, c'est aussi parce que l'on a l'occasion de reconnecter avec le temps universel, celui qui nous dépasse.

On peut alors se laisser habiter par le temps et non plus courir après lui. Le monastère est, avant tout, l'expression de la problématique de l'espace et du temps. Il peut être un formidable accélérateur de contact avec Dieu, il n'en est pas moins aussi un lieu humain de vie avec ses contraintes, ses limites et les difficultés liées à la vie collective.

Les sœurs ne sont pas à l'abri des conflits, des confrontations, des énervements que génère le fait de vivre en collectivité. Bien au contraire, elles sont en permanence ramenées à la nécessité de partager avec les autres et de les accepter 24h/24h. Certes, les valeurs qui les réunissent facilitent grandement ce partage mais paradoxalement, rendent également plus perceptible le moindre écart ou la moindre différence.

Au sein de cet espace temps, les écarts de génération, les écarts de points de vue, de culture, la diversité des motivations, la différence des "regards", les petits non-respect de l'autre prennent des proportions d'autant plus grandes que l'espace est restreint et l'exigence morale élevée.

Dans un lieu de silence, le moindre bruit prend une allure de vacarme. Dans un lieu de foi, la moindre affection négative devient un acte insupportable. Dans un espace restreint, le moindre écart de comportement prend des allures de provocation. Aussi le monastère, lieu de vie et lieu de prière, lieu de convergence, est aussi un lieu de confrontation à la quotidienneté où l'on ne peut échapper à l'humaine condition qu'en s'élevant au-dessus du monde humain.

Or les sœurs ne sont pas des saintes, elles ne sont que des êtres humains qui essaient de vivre leur foi avec leurs limites, leurs faiblesses, leurs doutes et la fluctuation des motivations. La sacralisation du lieu vient pour partie de la permanence de la prière au-delà du temps de vie d'une sœur.

Depuis plusieurs siècles, le lieu est investi par la prière et la présence divine, c'est sans doute la première chose que ressent celui qui franchit la porte pour la première fois. Lieu habité par l'esprit et le temps de Dieu, le monastère perçu de l'extérieur apparaît souvent comme un refuge pour les malmenés du monde profane. Mais n'est-ce pas un leurre ? car on y transporte nos passions et nos souffrances et l'on y retrouve ainsi les mêmes confrontations et les mêmes conflits cependant minimalisés.

Aussi je pense que loin de n'être qu'un "facilitateur" d'accès à Dieu, le monastère est aussi un lieu d'expérimentation par excellence de la véritable motivation des sœurs pour aller vers Dieu. Ce travail d'analyse que nous faisons ensemble a pour fonction d'aider la communauté dans cette gestion psychologique des relations. Il peut permettre de rendre plus explicite et plus lisible quelques malaises ou quelques difficultés. Il peut permettre de clarifier quelques positions, il ne remplacera pas l'impérative nécessité pour chaque sœur de se confronter aux autres et à elle-même et de progresser sur le chemin de l'acceptation et de l'émulation vers Dieu.

 

Soeur Marie Pascale ...

Je ne suis pas entrée à 20 ans au monastère, mais à 40. J'avais une profession (institutrice) et des activités passionnantes. J'étais très indépendante. J'avais opté pour le célibat afin d'être plus libre pour le service des autres et les relations. Ma vie aurait pu continuer ainsi, mais il y eut "mai 68". Alors tout a basculé et le Seigneur s'est manifesté à moi à travers ces événements, me faisant comprendre que, désormais, mon action serait la prière et la solitude, pour l'Eglise et le monde. C'est au cours d'une retraite à la Roche d'Or que j'ai accepté ce choix de Dieu. J'ai alors fréquenté le monastère d'Ubexy pendant une année et j'y suis entrée le 27 décembre 1969.

Aujourd'hui, je ne regrette rien et je suis heureuse au sein d'une communauté fraternelle. Au début, j'ai eu des difficultés d'adaptation mais Dieu est fidèle et Il m'a accordé sa grâce chaque jour. Je lui rends grâce.

 
 

 

... Sylvie

DE L'ESPERANCE A LA PERSEVERANCE…

Il y a quelques années, la veille de la Saint Joseph, je franchis la porte de l'hôtellerie de l'Abbaye d'Ubexy pour la première fois. Ces premiers instants sont à jamais gravés dans ma mémoire : ils marquèrent une nouvelle naissance, ma RE-NAISSANCE.
J'aime le Seigneur, il entend le cri de ma prière ;
Il incline vers moi son oreille : toute ma vie je l'invoquerai …
Accompagnée d'un ami qui connaissait l'Abbaye et sa communauté et m'avait fortement encouragée à venir m'y "poser", j'arrivai donc ce matin de mars pour y passer d'abord une journée, chargée de mes "sacs à dos" si lourds, trop lourds à porter. Je n'en pouvais plus. D'emblée, je compris en pénétrant dans ces lieux qui transpirent l'amour et la paix, que ma convalescence devait passer par là. C'était étrange, je n'étais jamais venue à l'Abbaye et pourtant je me sentais attendue …
L'accueil que j'y reçus me mit tout de suite en confiance. Ce premier contact en appela d'autres. Très vite, je décidai de revenir pour une période plus longue. Mes séjours à l'hôtellerie de l'Abbaye se firent donc plus fréquents aussi souvent que possible. Si mes allées et venues furent d'abord curatives au sens premier du terme, je réalisai rapidement qu'elles m'amenaient sans conteste à reconsidérer mes rapports à Dieu. Ma foi était jusque là en veille. J'étais invitée à raviver la flamme. Portée par la prière de la communauté, la route s'ouvrait devant moi. Je n'avais qu'à me laisser guider…
…Aujourd'hui, ma route passe souvent par Ubexy qui est mon lieu source et je rends grâce pour les moments forts que j'y vis, que ce soit au travers de mes rapports avec la communauté des sœurs dont je me sens si proche ou aussi au travers des rencontres riches que j'y fais.

Aujourd'hui, je suis redevenue une femme "debout"
… Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants (Psaume 114)

 

Soeur Léontine ...

Attirée par cette forme de vie chrétienne qu'est la vie monastique, j'y trouve les moyens pour répondre au désir qui m'habite depuis mon entrée à l'abbaye : connaître le Christ vivant aujourd'hui, pouvoir mieux répondre à la quête de sens des grands malades, à la recherche du sens de la vie de nombreux jeunes et moins jeunes.

C'est dans cette vie communautaire où les journées sont rythmées par la prière liturgique et personnelle, la lectio et l'étude, le travail et les tâches quotidiennes les plus simples, que le Seigneur poursuit son oeuvre en moi. Il me donne de Le connaître toujours davantage, relation personnelle qui s'ouvre aussi à une relation toujours plus juste et profonde avec les autres. Par les événements, les rencontres, Il me conduit à répondre déjà moi-même aux grandes questions de l'existence. Démarche de foi, avec sa part de dépouillement, de lâcher-prise et de confiance en Celui qui se montre fidèle, qui se révèle dans sa Parole, présence discrète et transformante au coeur de la prière mais aussi au coeur de la rencontre avec les autres.

Malgré des hauts et des bas, les choses, petit à petit, s'éclairent, s'approfondissent. Tout en devenant toujours plus moi-même, je m'ouvre à plus que moi, à un au-delà de moi, au Tout Autre que moi, source de plénitude et de joie.

C'est dans l'action de grâce que je regarde tout le chemin déjà parcouru, et m'appuyant sur ce vécu j'entrevois l'avenir avec confiance, car le Seigneur tient ses promesses. En lui et par Lui j'accède à la vraie Vie, qui est communion à sa volonté d'amour.

 

 

Soeur Bernard ...

"Quand on entre au monastère, on entre en psalmodie" dit Monseigneur Le Gall, archevêque de Toulouse, ancien abbé bénédictin de Kergonan. Aussi je commencerai par citer le verset 9 du psaume 114 : "Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants". Voilà quarante cinq ans que je chemine à la suite du Christ. Il est toujours là - je le sais et l'expérimente dans la foi - me précédant sur la route, me donnant sa grâce et sa force pour répondre à l'appel initial : "si tu veux, viens et vois", appel reçu qui s'est précisé, s'est confirmé et se monnaye au fil des jours et des années.

La prière personnelle et communautaire, prière d'intercession et de louange, la méditation de la Parole de Dieu, l'Eucharistie quotidienne nourrissent ma vie de foi et me donnent l'élan pour poursuivre la route aux heures de joie comme aux heures de peine. Cette marche à la suite du Christ, je la vis au sein d'une communauté de soeurs, ce qui me stimule et me permet de vérifier l'authenticité de ce que je vis. Enfin, comment terminer sans évoquer Marie, Mère de mon cheminement dans la foi. Par son intercession, je demande aide et protection pour tous, car elle est "celle qui a trouvé grâce devant Dieu". "Je veux louer le Seigneur tant que je vis. Je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure" (Ps 145,2).

 

 

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