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150 PSAUMES en CINQ LIVRETS


Dans son état actuel, le psautier est divisé en 5 livres : on peut déterminer cela grâce à la doxologie qui termine chacun des 5 livrets. On peut penser que le 150 est la doxologie finale.

La division est ancienne, puisque les traducteurs grecs la connaissent. A quoi elle correspond ? il est difficile de le dire, des recherches s'y essaient. Les Juifs y voient un écho des 5 livres de la Tora.


St Augustin : "L'ordre des Psaumes me semble détenir un secret : le signe de quelque chose de grand mais dont le voile ne s'est pas encore levé pour moi".


M.Mannati : "Un seul élan soulève le Psautier : de l'affrontement du Juste et de l'Impie à la victoire de Dieu. Différentes étapes le jalonnent : chaque livret est marqué par une dominante, une tonalité propre. La séparation en livrets ne signifie pas coupure mais dominante. L'ensemble est comparable à une oeuvre musicale avec retour des mêmes motifs, chaque fois transposés"


Divo Barsotti : ouverture (Ps 1 et 2), la nuit (Ps 3-41), le matin (Ps 42-72), le plein midi (Ps 73-89), le règne (Ps 90-106), la louange des sauvés (Ps 107-150).


La louange n'est jamais l'expression d'un optimisme naïf qui ne connaît rien aux larmes ni au tragique de l'existence. Elle est le fruit d'une expérience pascale, d'un passage de l'angoisse à la joie, de la peur à la confiance, de la mort à la vie. Elle fleurit sur le terreau de nos cris, de nos plaintes, que Dieu, par ses gestes sauveurs, vient transformer en terre féconde.


Tout le psautier met en relief le caractère pascal de la louange : il y a un passage possible de l'angoisse à la mise au large (118, 5), du deuil à la danse, des habits funèbres à la parure de joie (30,12).

 

LA PRIERE DES PSAUMES

du cri à la louange

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I - UN DRAME EN 3 ACTES : la guerre, le Jugement, la louange

1) Le drame

Dès le début nous sommes placés en face d'un monde qui exclut l'indifférence. Il y a deux routes, le monde est cassé en deux (ps 1). Deux routes inégales et ennemies, mais qui coexistent dans le temps et dans l'espace où elles définissent la frontière d'une guerre. Le choix devient nécessaire. Les deux acteurs qui s'affrontent sont le Juste et le Méchant. Le Jugement de Dieu est la réponse au cri du Juste et donc son salut. De là naît la louange.

D'autres acteurs apparaissent dans ce drame. Dans le camp du Juste : Israël, le Roi-Messie ; dans le camp du Méchant : les Nations qui veulent détruire Israël, et les Forces cosmiques (la mer, le vent, l'orage, etc.). Quand Dieu intervient (Jugement) le Méchant disparaît, les Nations et les Forces cosmiques sont témoins du salut accordé au Juste ; elles s'émerveillent et participent à la louange. Le Psautier se termine par la louange de "tout ce qui vit et respire" (ps 150).

On peut résumer ainsi le psautier : du cri à la louange. C'est un chemin d'apprentissage de la prière qui prend toute la vie et lui donne sens.

 

2) Les acteurs

- LE MECHANT : (ou l'Impie) La racine du mot méchant veut dire "agir faussement" ou "déclarer coupable". Le Méchant s'oppose au Juste.

Qui sont les Méchants ? Ils ne sont pas caractérisés par le péché, car le Juste lui aussi est pécheur. Ils sont caractérisés par le refus, la révolte. Ce sont aussi les peuples ennemis du roi ou d'Israël, les puissants qui oppriment le pauvre et le faible, d'anciens amis devenus infidèles.

Leur arme est le mensonge. A l'égard de Dieu, ils sont pleins de suffisance, d'arrogance. Leur impiété est un choix. Ils mettent à profit le silence de Dieu et s'en prennent au Juste. Ils sont les accusateurs du Juste, or accusateur se dit satan. Ils sont la personnification du Mal, ils doivent donc disparaître.

- LE JUSTE. : Comment peut-on se dire juste ? Tout dépend des circonstances. Au tribunal, on peut se dire juste sans être orgueilleux. Or l'homme des psaumes est toujours accusé : il n'est donc pas question de modestie, mais de vérité. Le Juste dans les psaumes n'est pas le pharisien de la parabole de Luc qui monologue. Le Juste, lui, dialogue, plaide sa cause. Il se dit à la fois juste et pécheur.

Plutôt que de se dire juste, il fait appel à la justice de Dieu. Ses armes : sa voix, son cri, sa foi, ses mains nues, son visage découvert, alors que le méchant se cache. Son viatique, c'est la Loi. Il compte sur le Jugement de Dieu.

- LE JUGEMENT : c'est l'acte qui permet l'instauration de la justice. Il vise à rétablir la victime dans ses droits, ce qui entraîne, nécessairement la répression du coupable. Pour le Juste accusé injustement, le Jugement est son salut. C'est donc un motif d'espérance, de joie. Il consacre l'échec
du Méchant, il assure le triomphe du Juste. Pour celui-ci, le Jugement et la justice sont inséparables. Aussi, le Juste n'hésite pas à demander à Dieu qu'il exerce la vengeance. Ce n'est pas la vindicte, mais le redressement des droits violés.

- LE MESSIE : c'est le roi, celui qui a reçu l'onction. Les prières du peuple pour le roi expriment bien ce qu'il attend de lui : en temps de guerre, la victoire ; en temps de paix, la justice et le souci des petits. On peut dire que le Roi-Messie est la personne centrale qui éclaire tout le psautier. La
guerre aboutit au triomphe du roi choisi par YHWH. Ce sont les temps messianiques.

- LES NATIONS (les goïm) sont l'Egypte, l'Assyrie, la Babylonie qui ont voulu détruire Israël. Elles représentent en même temps les puissances politiques et l'idolâtrie, elles sont donc les ennemis de YHWH et de son peuple témoin du Dieu-Un.

Derrière elles, ce sont les puissances démoniaques qui s'agitent et les poussent. Elles sont donc sous le joug du Méchant, de la Bête. Elles sont appelés à reconnaître l'action de YHWH pour son peuple et à participer à la louange.

- LES FORCES COSMIQUES : pour affirmer la puissance créatrice de Dieu, Israël ne craint pas de recourir à un fonds commun de représentations du cosmos. Il se représente la création comme un ordre imposé au chaos. Ce chaos cosmique est l'expression d'une force d'inertie résistant à l'action ordonnatrice de Dieu, mais aussi expression de l'orgueil qui se cabre et refuse. Dieu soumet donc ces forces indomptées qui sont toujours prêtes à se déchaîner. Ce sont en particulier la Mer, le Léviathan ou le Dragon, les puissances du Shéol. Dans la représentation du drame, elles sont donc rangées sous le joug du Méchant. Comme les Nations, elles participeront à la louange.

 

3) Un unique combat

A la fin des temps, la victoire de Dieu sera entière et définitive. Aujourd'hui le combat continue. Il prendra fin avec l'instauration des temps messianiques. Ce combat est aussi l'aventure de chacun dans sa quête de Dieu. De ce fait, le psautier peut devenir la prière de tout homme engagé dans ce combat et qui appelle la victoire de Dieu

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II - L'ACCOMPLISSEMENT EN JESUS

Les Chrétiens ont reconnu en Jésus celui qui, par sa mort et sa résurrection, a ouvert les temps messianiques, celui qui est le Juste souffrant et le Messie vainqueur du combat. Le jour de Pâques, Jésus Ressuscité se montre à ses disciples et leur dit : "Voici les paroles que je vous ai adressées quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes". (Le 24, 44)

Jésus est la clé des Ecritures, il est la clé du Psautier. Il ne s'agit pas d'un sens surajouté mais de l'accomplissement découvert dans la profondeur de sens des psaumes. Si l'on entend dans le psautier tout le cri et le chant des hommes, on entend nécessairement la voix du Christ et sa réponse à Dieu, dans son dialogue avec le Père. C'est comme accomplissement des Ecritures et accomplissement d'humanité que Jésus est présent dans les Psaumes : il est le Juste qui crie et porte tout le cri de l'humanité ; il est le Messie vainqueur car il reçoit du Père la victoire. Prier les Psaumes, c'est couler mon cri et ma louange dans celle du Christ.

Mais qui me dit que je peux prononcer les psaumes au nom de Jésus ? C'est la foi : croire que je ne fais qu'un avec le Christ, lui la Tête du Corps.
Alors au lieu de prier pour ceux qui sont éprouvés, je suis invité à dire JE à leur place. Dieu, dans ma prière, ne regarde pas mon cas particulier, mais le drame de toute l'humanité d'aujourd'hui. C'est plus que faire à des malheureux l'aumône d'une prière puisque ce sont eux qui me transforment par leurs cris. La prière des psaumes élargit mon cœur, elle le transforme car dire JE à la place des éprouvés, c'est aussi être appelé à aller vers eux et cet appel a des conséquences dans ma vie. (d'après P.Beauchamp)

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«Ceux qui chantent les psaumes se remplissent de l'Esprit Saint»
(St Jean Chrysostome - IVe s.)

Soeur Elisabeth Adam

 

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