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Jean-Claude Noyé

est journaliste

à "Prier"

et l'auteur

de deux livres :

"Mémoires

d'espérance"

(DDB),

un livre d'entretiens

avec

le théologien

orthodoxe

Olivier Clément,

et

"Le grand livre

du jeûne"

(Albin Michel).

 

 

Genèse

2, 5-24

 

" Il n'y avait encore

sur la terre

aucun arbuste

des champs,

et aucune herbe

des champs

n'avait encore

germé,

car

le Seigneur Dieu

n'avait pas

fait pleuvoir

sur la terre

et il n'y avait pas

d'homme

pour cultiver le sol;

mais un flux montait

de la terre

et irriguait

toute la surface

du sol.

Le Seigneur Dieu

modela l'homme

avec

de la poussière

prise du sol.

Il insuffla

dans ses narines

l'haleine de vie,

et l'homme devint

un être vivant.

Le Seigneur Dieu

planta un jardin

en Éden, à l'orient,

et il y plaça l'homme

qu'il avait formé.

Le Seigneur Dieu

fit germer du sol

tout arbre d'aspect

attrayant et bon

à manger,

l'arbre de vie

au milieu du jardin

et l'arbre

de la connaissance

de ce qui est bon

ou mauvais.

Un fleuve sortait

d'Éden

pour irriguer

le jardin;

de là

il se partageait

pour former

quatre bras.

L'un d'eux s'appelait

Pishôn:

c'est lui qui entoure

tout le pays

de Hawila

où se trouve l'or

-et l'or de ce pays

est bon-

ainsi que

le bdellium

et la pierre d'onyx.

Le deuxième fleuve

s'appelait Guihôn;

c'est lui qui entoure

tout le pays

de Koush.

Le troisième fleuve

s'appelait Tigre;

il coule

à l'orient d'Assour.

Le quatrième

fleuve,

c'était l'Euphrate.

Le Seigneur Dieu

prit l'homme

et l'établit

dans le jardin

d'Éden

pour cultiver le sol

et le garder.

Le Seigneur Dieu

prescrivit

à l'homme:

" Tu pourras

manger

de tout arbre

du jardin,

mais tu ne

mangeras pas

de l'arbre

de la

connaissance

de ce qui est bon

ou mauvais

car, du jour

où tu en mangeras,

tu devras mourir. "

Le Seigneur Dieu

dit: " Il n'est pas bon

pour l'homme

d'être seul.

Je veux lui faire

une aide

qui lui soit

accordée."

Le Seigneur Dieu

modela du sol

toute bête

des champs

et tout oiseau

du ciel

qu'il amena

à l'homme

pour voir comment

il les désignerait.

Tout ce que

désigna l'homme

avait pour nom

" être vivant ";

l'homme désigna

par leur nom

tout bétail,

tout oiseau du ciel

et toute bête

des champs,

mais

pour lui-même,

l'homme

ne trouva pas

l'aide qui lui soit

accordée.

Le Seigneur Dieu

fit tomber

dans une torpeur

l'homme

qui s'endormit;

il prit l'une

de ses côtes

et referma

les chairs

à sa place.

Le Seigneur Dieu

transforma la côte

qu'il avait prise

à l'homme

en une femme

qu'il lui amena.

L'homme s'écria:

" Voici cette fois

l'os de mes os

et la chair

de ma chair,

celle-ci,

on l'appellera

femme

car c'est

de l'homme

qu'elle a été

prise. "

Aussi l'homme

laisse-t-il son père

et sa mère

pour s'attacher

à sa femme,

et ils deviennent

une seule chair.


CONFERENCE DE JEAN-CLAUDE NOYE

"LES CHRETIENS ET L'ECOLOGIE"

Avant-propos : remerciements.
Merci à l'association des Amis d'Ubexy de m'inviter à parler de cette question à laquelle je suis sensibilisé de longue date mais plus encore ces dernières années. Ubexy où je viens en retraite au moins une fois par an depuis près de 15 ans . Comme la plupart d'entre vous, j'ai grandi dans la campagne lorraine. Je passais une partie de mes vacances chez mes grands-parents maternels, à Marainviller, près de Lunéville. J'accompagnais en hiver mon grand-père au bois où il faisait des coupes pour la commune. Les chevaux de trait, (les derniers avant que les tracteurs ne les supplantent), les hirondelles qui nichent dans l'étable, le grenier à foin dans lequel je jouais avec mes cousins : tout cela vous marque quand vous êtes gosse, et laisse des traces durables. Ajouter à cela un père jardinier et apiculteur, amoureux de la nature, une mère qui vous mitonne des plats du terroir avec amour. De là à devenir un écolo des villes, il n'y a qu'un pas.

En ouverture, laissez-moi citer trois phrases. L’une de Benoît XVI : « Si nous voulons comprendre à nouveau le christianisme, et le vivre dans toute son ampleur, il nous faut impérativement retrouver la dimension cosmique de la révélation chrétienne ». L’autre de Jean-Marie Pelt, un Lorrain qu’on ne présente plus : « Quand on est chrétien, on est forcément écologiste ». La troisième de saint Bernard de Clairvaux : «Les forêts t’apprendront plus que les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront des choses que ne t’enseigneront point les maîtres de la science ».

Plan de ma conférence

1. L’écologie, c’est quoi ? Et qui sont les écologistes ?
2. Réalité de la crise environnementale et sa combinaison avec les autres crises : sociale, économique, géopolitique.
3. Les causes profondes de la crise.
4. La mobilisation des chrétiens aujourd’hui
5. Vers une nécessaire révision des modes de vie
6. A notre niveau, que pouvons-nous faire ?

1.L’écologie, c’est quoi ? Et qui sont les écologistes ?
Rappel de la définition du dictionnaire : «Ecologie; 1. étude des milieux où vivent les êtres vivant ainsi que des rapports de ces êtres entre eux et avec le milieu. 2. Mouvement visant à un meilleur équilibre entre l’homme et son environnement naturel ainsi qu’à la protection de celui-ci. Par extension, l'écologisme est le courant politique défendant ce mouvement.» C’est cette deuxième définition qui nous intéresse. Les écologistes sont, au fond, ceux qui défendent la possibilité même de la vie ou de la survie sur terre. On comprend mieux aujourd’hui à quel point le sort de la nature et celui de l’homme sont liés. Détruire l’une revient à détruire l’autre. L’écologie a émergé en France au tournant des années 70, grâce notamment à l‘apport de protestants comme Jacques Ellul, théoricien de l’écologie doublé d’un théologien, auteur de « Le système technicien », un classique de l’écologie, mais aussi d‘un volumineux commentaire de l’Ecclésiaste. Rappelons que René Dumont fut le premier candidat écologiste à l'élection présidentielle en 1974. Quand je regarde avec quelle perspicacité il avait prédit les impasses dans laquelle notre société nous conduisait, avec son lot de catastrophes, je ne regrette pas d’avoir été au nombre des 1,32 % qui ont voté pour lui. Le plus célèbre des agronomes français, bien connu pour son éternel pullover rouge, a surpris les Français en se montrant à la télévision avec une pomme et un verre d'eau, pour leur expliquer avec des mots tout simples combien ces ressources étaient précieuses et en péril. Il prédisait l'inévitable hausse du prix des carburants.

Les écologistes ont été caricaturés à tort et à travers. Peut-être parce qu’ils ont prêté le flanc avec des attitudes parfois caricaturales. Mais surtout parce qu’ils n’ont cessé de poser la seule vraie question politique à mon sens, une question iconoclaste : notre société peut-elle indéfiniment continuer à fonctionner sur le modèle productiviste ? Produire, produire, produire, tirer, tirer, tirer, consommer, consommer, consommer, gaspiller, gaspiller, gaspiller : les Français rejettent en moyenne 359 kg de déchets par an, soit 4 X plus que dans les années 60. Pourquoi ? Quel en est le sens ? Où est-ce que cela conduit l’homme et notre monde ?

2. Réalité de la crise environnementale et sa combinaison avec les autres crises
Les mauvaises nouvelles s’accumulent les unes après les autres et les chiffres font froid dans le dos. Aggravation des pollutions de l’eau : 14000 personnes meurent chaque jour, surtout dans les pays pauvres, en ayant bu une eau polluée. Aggravation de la pollution de l'air : un prix nobel de chimie, Mario Molina, a récemment déclaré : « Bien avant qu’on n’ait plus de pétrole, on n’aura plus d’atmosphère ». Déforestation, déboisement (50 % des grandes forêts ont été détruites depuis 1945), aridification et désertification des sols. Non seulement les pesticides appauvrissent le sol mais ils ont des effets cancérigènes. Les cancers des testicules ont été multipliées par deux en vingt ans. L’atteinte à notre santé est liée à d’innombrables molécules chimiques mises imprudemment sur le marché sans avoir été testées auparavant. Ajouter à ce sombre tableau l'érosion accélérée de la biodiversité. Sans oublier, bien sûr, le réchauffement climatique et ses innombrables conséquences. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : les surfaces glaciaires fondent plus vite que prévu, à vitesse grd V, or elles sont un des principaux "gisements" d’eau potable. Si la température augmente de plus de 2,5 ° C d’ici à la fin du siècle, prévision plutôt basse, il faut s’attendre à une extinction de 30 % des espèces animales et végétales, à une baisse des productions agricoles, à une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes : canicules, inondations, sécheresses et violence accrue des cyclones et tempêtes. (déjà + de 160 % de catastrophes météorologiques enregistrées depuis 1975). Le coût social est très lourd : on parle d’ores et déjà de 200 millions de réfugiés climatiques, issus des pays pauvres essentiellement. Où iront-ils ? Qui les acceptera ? Le réchauffement climatique risque fort d'avoir pour conséquence des conflits sociaux importants ou même des guerres. Illustration donnée par N. Hulot dans le HS de Prier : «Le conflit du Darfour s’explique par le déplacement d’éleveurs de chameaux qui ont quitté leurs territoires et sont entrés en conflit avec des agriculteurs sédentaires. Pourquoi ? Parce que la désertification due au basculement climatique dans cette région d’Afrique, les y a contraints". Ce n’est pas pour rien que le dernier prix Nobel de la paix a été décerné à Al Gore et au GIEC. Précision utile : le réchauffement global ne se traduit pas forcément par un réchauffement partout : certaines zones deviennent plus sèches, d'autres plus humides, d'autres encore plus froides. Evoquons encore l’impact économique de la crise écologique, chiffré par Nicholas Stern, vice-président de la banque Mondiale. Publié en octobre 2006, son rapport de plus de 700 pages est le premier rapport sur le réchauffement climatique mené par un économiste et non par un météorologue. Il a été financé par le gouvernement britannique. Ses principales conclusions sont qu'un pour cent du PIB investi maintenant suffiraient à fortement atténuer les effets du changement climatique et qu'autrement ce serait risquer une récession sans précédent, jusqu'à vingt pour cent du PIB mondial.
Quant à la fin du pétrole bon marché, irréversible, avant la fin inéluctable, tôt ou tard du pétrole, c'est une véritable bombe à retardement. Elle va, à elle seule, totalement déstabiliser notre société, entièrement basée sur le pétrole. Enfin, juste un mot sur la crise alimentaire (les révoltes contre la faim) dont parle beaucoup les médias depuis quelques semaines : la hausse des prix, entretenue par la spéculation, est due à l'augmentation de la population mondiale, à la baisse des stocks, elle-même due à l’appauvrissement des sols, surexploités, à la diminution des surfaces agricoles, la culture des bio carburants se substituant de plus en plus à l’agriculture vivrière. Elle est due aussi à la hause du cours du pétrole et à ses répercussions sur l’agriculture, qui en est grosse consommatrice. Enfin aux changements de mentalités : Indiens et Chinois se mettant à manger comme nous, beaucoup plus de blé et moins de riz, des produits laitiers et, surtout, beaucoup plus de viande.

3. Les causes profondes de la crise.
“Envahissez la terre, soumettez là, dominez tout vivant” Ce verset de la Genèse (I, 27-28) et cet autre : “Que la crainte et l’effroi que vous inspirerez marquent tous les animaux (…). Ils sont livrés entre vos mains.” (Gn, IX, 1-2), ont fait couler beaucoup d’encre. Certains y ont vu l’origine du divorce entre l’homme d’Occident et la nature. Laissez-moi rapporter ici la réponse que donne Jean-Marie Pelt dans l’interview accordée au mensuel "Prier", à paraître en juillet 2008. “Ces versets, pour gênants qu’ils soient, ne représentent pas toute la Bible, loin de là. Quant à l’idée de soumission, elle me paraît très étrangère au christianisme. Le Christ ne domine rien : il tend la joue et lave les pieds de ses disciples. Pour ma part, je crois vraiment que la doctrine chrétienne et la contemplation de la nature vont de pair”. Les Pères de l’Eglise ont dit et redit qu’il y avait deux livres révélés : la Bible et la nature Ce n’est qu’au cours du deuxième millénaire qu’on a oublié le deuxième livre : la nature. Pourquoi ? Parce qu’on s’est séparé d’elle en l’objectivant. Pour l’étudier, on s’est mis à distance d’elle. Il y a bien sûr l’exemple saisissant de saint François d’Assise, fait patron des écologistes par Jean-Paul II. Mais saint Thomas d’Aquin, le plus grand cerveau de son temps, né l’année de la mort de François d’Assise, est resté muet sur le rapport de l’homme à son environnement. Quant au philosophe Descartes, mathématicien, physicien et philosophe français du 17° siècle considéré comme l'un des fondateurs de la philosophie moderne, il considérait que les animaux sont des machines n’éprouvant aucun sentiment ! C'est l’un des principaux responsables de ce mouvement qui a conduit l’homme d'Occident à se percevoir comme radicalement coupé de la nature. Cette distanciation a produit, à terme, ce qu’il faut bien appeler la religion de la science. Parallèlement s’est développée la “religion de l’argent” et le capitalisme, avec toute la souffrance que l’on sait, infligée tant aux hommes qu’au monde animal et végétal. La montée en puissance du capitalisme est due notamment au puritanisme protestant américain. Lequel a conduit à cette idée aberrante que gagner beaucoup d’argent est une action bénie de Dieu!“Que sur les billets verts (le dollar) figure l’invocation du Trés Haut, c’est un étrange rabibochage de Dieu et de Mamon ! Ou, plutôt, une entreprise de récupération de l’Evangile !”, dit JM Pelt. Quand le libéralisme se transforme en lutte sauvage, avec pour seule règle la concurrence sans limite au profit des meilleurs, et quand il autorise toutes les prédations les plus brutales, on peut dire, avec Pie XII, qu’il est intrinsèquement pervers, au même titre que le communisme. Laissez moi citer maintenant le patriarche de Constantinople, Bartholoméos 1er, l’un des chefs spirituels des chrétiens orthodoxes. Ces phrases sont extraites de son discours de clôture d’un colloque intitulé “Religion, science et environnement” (2002) :”Nous parlons souvent de crise de l'environnement mais la véritable crise réside non pas dans l’environnement mais dans le cœur de l’homme. La cause première de notre péché à l’égard de l’environnement réside dans notre égoïsme et l’ordre de valeurs erroné que nous avons reçu en héritage et que nous acceptons sans aucun esprit critique. Nous avons besoin d’une nouvelle façon de réfléchir sur nous-mêmes, sur notre relation avec le monde et avec Dieu. Sans cette conversion du coeur révolutionnaire, tous nos projets de conservation, quelles que soient nos bonnes intentions, se révéleront inefficaces car nous nous occuperons de leurs symptômes, non de leurs causes.”

4. La mobilisation des chrétiens aujourd’hui.
Du côté orthodoxe, le patriarche Bartholomeus 1er, que je viens de citer, se dépense sans compter. Chaque année, il organise un évènement phare, par exemple une croisière écologique sur la mer Noire. Il a créé en 1989 une Journée de la création, le premier dimanche de septembre, avec une célébration liturgique adéquate, et il demande aux chrétiens du monde entier de s’y associer. Les orthodoxes, de par leur théologie et leur spiritualité propres, sont davantage portés à la contemplation de la nature et attentifs à la dimension cosmique de la révélation chrétienne. En France, les protestants ont contribué de manière significative au développement de l’écologie, avec un penseur de premier plan comme Jacques Ellul, évoqué au début de ma conférence. Ils ont ensuite longtemps relégué l’écologie au second plan. Puis semblent se mobiliser de nouveau. Du côté de l'Eglise catholique, les choses sont contrastées. A dire vrai, on revient de loin et il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. En France, il faut signaler la création, à l'orée des années 90 et au sein du mouvement Pax Christi, de la commission “Création et développement durable”. Laquelle a aidé les évêques français à se mobiliser. Ce fut long et ils ont finalement adopté en 2000 une déclaration sur “Le respect de la Création”. Et en 2005, publié le livre “Planète vie, planète mort, l’heure des choix.” (Cerf), une somme précieuse de réflexions et d’exemples concrets. Mais il faut bien dire qu’au sein de la Conférence des évêques français, la sensibilité écologique reste très minoritaire. L’écrivain Jean Bastaire développe depuis une vingtaine d’années une réflexion historique, théologique et mystique sur la place de la nature dans la tradition chrétienne et sur la dimension cosmique du Salut. Il a rassemblé les textes de Jean-Paul II relatifs à l’écologie. Ces écrits montrent combien la sensibilité du pape était vive. Mais on peut regretter qu’il n’ait pas publié une encyclique sur ce sujet. Son successeur le fera-t-il ? On annonce pour l’été 2008 la parution de l’encyclique Caritas in veritate qui aborderait les questions sociales et environnementales. Quelle place y tiendra l’écologie ? C’est trop tôt pour le dire. Ce qui est sûr, c’est que Benoît XVI exprime souvent sa préoccupation pour la sauvegarde de la Terre. Illustration à travers un geste symbolique : le Vatican a fait planter une forêt climatique en Hongrie. Cela pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre, limitées au demeurant. En juin 2007, le Vatican a également annoncé que des panneaux solaires serait installés sur la salle d’audience Paul VI. Benoît XVI invite volontiers les chrétiens à se mobiliser pour l’écologie. De fait, les choses bougent depuis quelque temps. La presse catholique multiplie les dossiers. Prier, évidemment, avec ce beau HS et des numéros courants. Nous donnons la parole à des militants aussi divers que l’explorateur Jean-Louis Etienne, Pierre Rabhi, JM Pelt, les moines bénédictins de l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire. Nous avons relayé les campagnes “Vivre Noël Autrement” et “Vivre l’été autrement” mené par un collectif de mouvements chrétiens, à l’initiative de Pax Christi. Campagnes qui invitent à vivre ces temps de manière moins consumériste et plus respectueuse de l’environnement. Mais Prier n’est pas le seul titre à se mobiliser. La nouvelle formule de l'hebdomadaire “La Vie” a une rubrique “Bien vivre écologie”. Les mouvements et services d’Eglise sont eux-mêmes désormais dans le coup. En mars dernier, j’étais invité à une conférence de presse intitulée : “La sauvegarde de la création, une problématique au coeur de la recherche de foi des catéchumènes”. La prise en compte de de l’écologie est, de fait, pour l’Eglise catholique, et pour les Eglises en général, une belle occasion de rejoindre nos contemporains, les jeunes en particulier car ils s’en préoccupent beaucoup. Les Eglises ont un pouvoir d’influence sur les individus, certes diminué en Occident, mais très vif dans nombre de pays pauvres ou émergents. Si elles enfourchent vraiment ce cheval de bataille, elles feront évoluer les esprits de manière significative. La mobilisation des Eglises doit s’appuyer sur une réflexion théologique renouvelée. L’un de nos chroniqueurs à Prier, le dominicain JM Gueullette, a attiré notre attention sur sur son assisitant à l’université, Fabien Revol, jeune laïc, doctorant en théologie et biologiste de formation. Il le présente comme “l’un des très rares théologiens francophones à s’intéresser à la question de l’écologie, qui est pourtant d’une brûlante actualité.” L'homme donne des formations en paroisse sur ces questions. Le père François Euvé, jésuite, travaille aussi sur “le salut de la création”. Et d'autres sans doute.

Reste à préciser que la mobilisation pour l’environnement a acquis une forte dimension dimension oecuménique. Que c'est un moteur du rapprochement des Eglises. Rappelons que le premier rassemblement oecuménique européen à Bâle, en 1989, avait pour thème “Justice, paix et sauvegarde de la Création”. En Suisse, en Allemagne, dans les pays scandinaves, les Eglises se mobilisent de concert et depuis longtemps. Il est vrai que ces pays ont une grande longueur d’avance sur nous. Deux exemples. A Berlin, les circulations à vélo représentent 10 % des déplacement urbains. A Paris, elles n’ont pas encore atteint les 1%. Deuxième exemple : le gouvernement suédois s’est officiellement engagé à soritr de la dépendance à l’énergie nucléaire et au pétrole d’ici à 2020. Et il a mis en place toute une série de mesure pour y parvenir.

5.Vers une nécessaire révision des modes de vie
Il faut revenir aux sources : ce que nous disent les traditions spirituelles du monde entier, c’est que nous ne devons pas être prométhéens, vouloir être Dieu à sa place. Or l’homme moderne est un homme hyperprométhéen et cela le conduit à sa perte. Nous avons étrangement oublié que notre sort est intimement lié à celui de la nature. Celle-ci va se “rebiffer” et il faut s’attendre, désormais, on l’a vu, à des dérèglements climatiques sans précédents avec leurs lots de catastrophes. Quant à l’effondrement de la bio-diversité, on ne mesure pas à quel point il appauvrit les conditions même de notre vie sur terre. Il n’y pas d’autres solutions, à terme, que de revoir notre mode de vie. Il nous faut impérativement aller vers ce que certains appellent la frugalité heureuse. Produire et consommer moins mais mieux. Vaste projet et difficile mise en oeuvre tant nous avons pris de mauvaises habitudes, tant l’économie mondiale est structurée sur le modèle productiviste. Tant aussi les intérêts des riches vont à l’encontre de l’intérêt des pauvres : aussi bien au niveau des citoyens d’une même nation qu’au niveau international. Hélas, l’égoïsme des nations est à l’image de l’égoïsme des individus. Pourtant les experts s’accordent à dire que nous devons non seulement cesser de piller les ressources naturelles mais aussi mieux les répartir, et, d’une manière générale, organiser une meilleure répartition des richesses sans quoi notre monde deviendra un enfer. Désormais apparaissent dans le champ politique de nouveaux concepts, minoritaires mais appelés à se développer : celui de la décroissance soutenable des pays riches et son corollaire, celui de la simplicité volontaire. Il n’est pas facile de parler de décroissance tant le mythe d'une croissance économique indéfinie est un mythe puissant. Les écologistes posent une simple mais pertinente question : “dans un monde fini, un monde aux ressources limitées, peut-il y avoir une croissance illimitée ?” Et ils font valoir que pour que le monde entier puisse vivre comme les Occidentaux, il faudrait plusieurs planètes terre. On voit bien par là que notre mode de développement est absurde, à tout le moins voué à être amplement corrigé. “Vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre” disait Gandhi. Une parole dont on n'a pas fini de mesurer à quel point elle est prophétique.

6. A notre niveau, que pouvons-nous faire ?
Les petits ruisseaux font les grands fleuves : chacun peut, à son niveau, faire quelque chose. “Pensez globalement, agir localement”, selon un slogan cher aux écologistes. Je reprends ici un document réalisé par l’atelier “Chrétiens responsables de la création,” de CVX, un mouvement de laics inspirés par la spiritualité des jésuites.
“Consommer moins et mieux, cela touche nos habitudes concernant :
-nos achats : privilégier la vente directe (produits du terroir, produits écolabelisés, recyclés, issus du commerce équitable et de l’agriculture biologique. Manger autrement, par exemple moins de viande et de qualité bio.
-nos loisirs : on parle maintenant d’écotourisme.
-notre consommation d’énergie. Economiser l’essence en privilégiant la bicyclette, le co-voiturage et les transports en commun. L’électricité et le gaz en faisant isoler son logement, en utilisant les énergies renouvelables (éolien, solaire, bois, etc.), en préférant les ampoules à basse consommation, en choisissant des appareils économes en énergie
-nos déchets : en les triant, en limitant les emballages, notamment les sacs plastiques, en donnant au lieu de jeter;
-notre consomation d’eau, en récupérant l’eau de pluie pour le jardin ou même pour la maison, comme cela se fait de plus en plus ; en privilégiant les appareils peu consommateurs ; en limitant l’usage des détergents et pesticides.
-notre épargne en privilégiant l’épargne solidaire et les fonds éthiques.
-notre façon d’être citoyen en réalisant certains choix de consommation et pas d’autres, en fonction de notre situation propre : parisien, j’ai personnellement renoncé à la voiture individuelle et m’en trouve très heureux. En aidant à l’évolution de la société par des actions associatives, politiques, ecclésiales et autres.

Au niveau spirituel, ce qui est en jeu, c’est de ressentir que tout est relié. Les bouddhistes appellent cela l’interdépendance. Pour un chrétien, cela veut dire qu’en Christ, il y a une unité profonde de tout le Vivant. Et que cette unité, subtile, mystérieuse et pourtant réelle, dont les mystiques font l’expérience intime, cette unité implique que nous soyons beaucoup plus respectueux non seulement des hommes, mais aussi de tout le Vivant, des mondes animal et végétal. Concrètement, cela signifie par exemple refuser l’élevage industriel des animaux, dans des conditions cruelles. A fortiori la vivisection. Mais aussi et encore tous les polluants chimiques qui détruisent les sols et les rivières, et qui, par ricochets, font mourir les oiseaux, les insectes, les abeilles et les poissons, et qui nous rendent malades. Oui, nous faisons partie du même univers. Oserais-je dire que nous sommes tissés de la même matière ? Merci d'avoir eu la patience de m'écouter.

Jean-Claude Noyé

 

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