CONFERENCE DE JEAN-CLAUDE NOYE
"LES CHRETIENS ET L'ECOLOGIE"
Avant-propos
: remerciements.
Merci à l'association des Amis d'Ubexy de m'inviter à
parler de cette question à laquelle je suis sensibilisé
de longue date mais plus encore ces dernières années.
Ubexy où je viens en retraite au moins une fois par an depuis
près de 15 ans . Comme la plupart d'entre vous, j'ai grandi dans
la campagne lorraine. Je passais une partie de mes vacances chez mes
grands-parents maternels, à Marainviller, près de Lunéville.
J'accompagnais en hiver mon grand-père au bois où il faisait
des coupes pour la commune. Les chevaux de trait, (les derniers avant
que les tracteurs ne les supplantent), les hirondelles qui nichent dans
l'étable, le grenier à foin dans lequel je jouais avec
mes cousins : tout cela vous marque quand vous êtes gosse, et
laisse des traces durables. Ajouter à cela un père jardinier
et apiculteur, amoureux de la nature, une mère qui vous mitonne
des plats du terroir avec amour. De là à devenir un écolo
des villes, il n'y a qu'un pas.
En
ouverture, laissez-moi citer trois phrases. L’une de Benoît
XVI : « Si nous voulons comprendre à nouveau le christianisme,
et le vivre dans toute son ampleur, il nous faut impérativement
retrouver la dimension cosmique de la révélation chrétienne
». L’autre de Jean-Marie Pelt, un Lorrain qu’on ne
présente plus : « Quand on est chrétien, on est
forcément écologiste ». La troisième de saint
Bernard de Clairvaux : «Les forêts t’apprendront plus
que les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront des choses
que ne t’enseigneront point les maîtres de la science ».
Plan
de ma conférence
1.
L’écologie, c’est quoi ? Et qui sont les écologistes
?
2. Réalité de la crise environnementale et sa combinaison
avec les autres crises : sociale, économique, géopolitique.
3. Les causes profondes de la crise.
4. La mobilisation des chrétiens aujourd’hui
5. Vers une nécessaire révision des modes de vie
6. A notre niveau, que pouvons-nous faire ?
1.L’écologie,
c’est quoi ? Et qui sont les écologistes ?
Rappel de la définition du dictionnaire : «Ecologie; 1.
étude des milieux où vivent les êtres vivant ainsi
que des rapports de ces êtres entre eux et avec le milieu. 2.
Mouvement visant à un meilleur équilibre entre l’homme
et son environnement naturel ainsi qu’à la protection de
celui-ci. Par extension, l'écologisme est le courant politique
défendant ce mouvement.» C’est cette deuxième
définition qui nous intéresse. Les écologistes
sont, au fond, ceux qui défendent la possibilité même
de la vie ou de la survie sur terre. On comprend mieux aujourd’hui
à quel point le sort de la nature et celui de l’homme sont
liés. Détruire l’une revient à détruire
l’autre. L’écologie a émergé en France
au tournant des années 70, grâce notamment à l‘apport
de protestants comme Jacques Ellul, théoricien de l’écologie
doublé d’un théologien, auteur de « Le système
technicien », un classique de l’écologie, mais aussi
d‘un volumineux commentaire de l’Ecclésiaste. Rappelons
que René Dumont fut le premier candidat écologiste à
l'élection présidentielle en 1974. Quand je regarde avec
quelle perspicacité il avait prédit les impasses dans
laquelle notre société nous conduisait, avec son lot de
catastrophes, je ne regrette pas d’avoir été au
nombre des 1,32 % qui ont voté pour lui. Le plus célèbre
des agronomes français, bien connu pour son éternel pullover
rouge, a surpris les Français en se montrant à la télévision
avec une pomme et un verre d'eau, pour leur expliquer avec des mots
tout simples combien ces ressources étaient précieuses
et en péril. Il prédisait l'inévitable hausse du
prix des carburants.
Les
écologistes ont été caricaturés à
tort et à travers. Peut-être parce qu’ils ont prêté
le flanc avec des attitudes parfois caricaturales. Mais surtout parce
qu’ils n’ont cessé de poser la seule vraie question
politique à mon sens, une question iconoclaste : notre société
peut-elle indéfiniment continuer à fonctionner sur le
modèle productiviste ? Produire, produire, produire, tirer, tirer,
tirer, consommer, consommer, consommer, gaspiller, gaspiller, gaspiller
: les Français rejettent en moyenne 359 kg de déchets
par an, soit 4 X plus que dans les années 60. Pourquoi ? Quel
en est le sens ? Où est-ce que cela conduit l’homme et
notre monde ?
2.
Réalité de la crise environnementale et sa combinaison
avec les autres crises
Les mauvaises nouvelles s’accumulent les unes après les
autres et les chiffres font froid dans le dos. Aggravation des pollutions
de l’eau : 14000 personnes meurent chaque jour, surtout dans les
pays pauvres, en ayant bu une eau polluée. Aggravation de la
pollution de l'air : un prix nobel de chimie, Mario Molina, a récemment
déclaré : « Bien avant qu’on n’ait plus
de pétrole, on n’aura plus d’atmosphère ».
Déforestation, déboisement (50 % des grandes forêts
ont été détruites depuis 1945), aridification et
désertification des sols. Non seulement les pesticides appauvrissent
le sol mais ils ont des effets cancérigènes. Les cancers
des testicules ont été multipliées par deux en
vingt ans. L’atteinte à notre santé est liée
à d’innombrables molécules chimiques mises imprudemment
sur le marché sans avoir été testées auparavant.
Ajouter à ce sombre tableau l'érosion accélérée
de la biodiversité. Sans oublier, bien sûr, le réchauffement
climatique et ses innombrables conséquences. Les scientifiques
tirent la sonnette d’alarme : les surfaces glaciaires fondent
plus vite que prévu, à vitesse grd V, or elles sont un
des principaux "gisements" d’eau potable. Si la température
augmente de plus de 2,5 ° C d’ici à la fin du siècle,
prévision plutôt basse, il faut s’attendre à
une extinction de 30 % des espèces animales et végétales,
à une baisse des productions agricoles, à une augmentation
des phénomènes météorologiques extrêmes
: canicules, inondations, sécheresses et violence accrue des
cyclones et tempêtes. (déjà + de 160 % de catastrophes
météorologiques enregistrées depuis 1975). Le coût
social est très lourd : on parle d’ores et déjà
de 200 millions de réfugiés climatiques, issus des pays
pauvres essentiellement. Où iront-ils ? Qui les acceptera ? Le
réchauffement climatique risque fort d'avoir pour conséquence
des conflits sociaux importants ou même des guerres. Illustration
donnée par N. Hulot dans le HS de Prier : «Le conflit du
Darfour s’explique par le déplacement d’éleveurs
de chameaux qui ont quitté leurs territoires et sont entrés
en conflit avec des agriculteurs sédentaires. Pourquoi ? Parce
que la désertification due au basculement climatique dans cette
région d’Afrique, les y a contraints". Ce n’est
pas pour rien que le dernier prix Nobel de la paix a été
décerné à Al Gore et au GIEC. Précision
utile : le réchauffement global ne se traduit pas forcément
par un réchauffement partout : certaines zones deviennent plus
sèches, d'autres plus humides, d'autres encore plus froides.
Evoquons encore l’impact économique de la crise écologique,
chiffré par Nicholas Stern, vice-président de la banque
Mondiale. Publié en octobre 2006, son rapport de plus de 700
pages est le premier rapport sur le réchauffement climatique
mené par un économiste et non par un météorologue.
Il a été financé par le gouvernement britannique.
Ses principales conclusions sont qu'un pour cent du PIB investi maintenant
suffiraient à fortement atténuer les effets du changement
climatique et qu'autrement ce serait risquer une récession sans
précédent, jusqu'à vingt pour cent du PIB mondial.
Quant à la fin du pétrole bon marché, irréversible,
avant la fin inéluctable, tôt ou tard du pétrole,
c'est une véritable bombe à retardement. Elle va, à
elle seule, totalement déstabiliser notre société,
entièrement basée sur le pétrole. Enfin, juste
un mot sur la crise alimentaire (les révoltes contre la faim)
dont parle beaucoup les médias depuis quelques semaines : la
hausse des prix, entretenue par la spéculation, est due à
l'augmentation de la population mondiale, à la baisse des stocks,
elle-même due à l’appauvrissement des sols, surexploités,
à la diminution des surfaces agricoles, la culture des bio carburants
se substituant de plus en plus à l’agriculture vivrière.
Elle est due aussi à la hause du cours du pétrole et à
ses répercussions sur l’agriculture, qui en est grosse
consommatrice. Enfin aux changements de mentalités : Indiens
et Chinois se mettant à manger comme nous, beaucoup plus de blé
et moins de riz, des produits laitiers et, surtout, beaucoup plus de
viande.
3.
Les causes profondes de la crise.
“Envahissez la terre, soumettez là, dominez tout vivant”
Ce verset de la Genèse (I, 27-28) et cet autre : “Que la
crainte et l’effroi que vous inspirerez marquent tous les animaux
(…). Ils sont livrés entre vos mains.” (Gn, IX, 1-2),
ont fait couler beaucoup d’encre. Certains y ont vu l’origine
du divorce entre l’homme d’Occident et la nature. Laissez-moi
rapporter ici la réponse que donne Jean-Marie Pelt dans l’interview
accordée au mensuel "Prier", à paraître
en juillet 2008. “Ces versets, pour gênants qu’ils
soient, ne représentent pas toute la Bible, loin de là.
Quant à l’idée de soumission, elle me paraît
très étrangère au christianisme. Le Christ ne domine
rien : il tend la joue et lave les pieds de ses disciples. Pour ma part,
je crois vraiment que la doctrine chrétienne et la contemplation
de la nature vont de pair”. Les Pères de l’Eglise
ont dit et redit qu’il y avait deux livres révélés
: la Bible et la nature Ce n’est qu’au cours du deuxième
millénaire qu’on a oublié le deuxième livre
: la nature. Pourquoi ? Parce qu’on s’est séparé
d’elle en l’objectivant. Pour l’étudier, on
s’est mis à distance d’elle. Il y a bien sûr
l’exemple saisissant de saint François d’Assise,
fait patron des écologistes par Jean-Paul II. Mais saint Thomas
d’Aquin, le plus grand cerveau de son temps, né l’année
de la mort de François d’Assise, est resté muet
sur le rapport de l’homme à son environnement. Quant au
philosophe Descartes, mathématicien, physicien et philosophe
français du 17° siècle considéré comme
l'un des fondateurs de la philosophie moderne, il considérait
que les animaux sont des machines n’éprouvant aucun sentiment
! C'est l’un des principaux responsables de ce mouvement qui a
conduit l’homme d'Occident à se percevoir comme radicalement
coupé de la nature. Cette distanciation a produit, à terme,
ce qu’il faut bien appeler la religion de la science. Parallèlement
s’est développée la “religion de l’argent”
et le capitalisme, avec toute la souffrance que l’on sait, infligée
tant aux hommes qu’au monde animal et végétal. La
montée en puissance du capitalisme est due notamment au puritanisme
protestant américain. Lequel a conduit à cette idée
aberrante que gagner beaucoup d’argent est une action bénie
de Dieu!“Que sur les billets verts (le dollar) figure l’invocation
du Trés Haut, c’est un étrange rabibochage de Dieu
et de Mamon ! Ou, plutôt, une entreprise de récupération
de l’Evangile !”, dit JM Pelt. Quand le libéralisme
se transforme en lutte sauvage, avec pour seule règle la concurrence
sans limite au profit des meilleurs, et quand il autorise toutes les
prédations les plus brutales, on peut dire, avec Pie XII, qu’il
est intrinsèquement pervers, au même titre que le communisme.
Laissez moi citer maintenant le patriarche de Constantinople, Bartholoméos
1er, l’un des chefs spirituels des chrétiens orthodoxes.
Ces phrases sont extraites de son discours de clôture d’un
colloque intitulé “Religion, science et environnement”
(2002) :”Nous parlons souvent de crise de l'environnement mais
la véritable crise réside non pas dans l’environnement
mais dans le cœur de l’homme. La cause première de
notre péché à l’égard de l’environnement
réside dans notre égoïsme et l’ordre de valeurs
erroné que nous avons reçu en héritage et que nous
acceptons sans aucun esprit critique. Nous avons besoin d’une
nouvelle façon de réfléchir sur nous-mêmes,
sur notre relation avec le monde et avec Dieu. Sans cette conversion
du coeur révolutionnaire, tous nos projets de conservation, quelles
que soient nos bonnes intentions, se révéleront inefficaces
car nous nous occuperons de leurs symptômes, non de leurs causes.”
4.
La mobilisation des chrétiens aujourd’hui.
Du côté orthodoxe, le patriarche Bartholomeus 1er, que
je viens de citer, se dépense sans compter. Chaque année,
il organise un évènement phare, par exemple une croisière
écologique sur la mer Noire. Il a créé en 1989
une Journée de la création, le premier dimanche de septembre,
avec une célébration liturgique adéquate, et il
demande aux chrétiens du monde entier de s’y associer.
Les orthodoxes, de par leur théologie et leur spiritualité
propres, sont davantage portés à la contemplation de la
nature et attentifs à la dimension cosmique de la révélation
chrétienne. En France, les protestants ont contribué de
manière significative au développement de l’écologie,
avec un penseur de premier plan comme Jacques Ellul, évoqué
au début de ma conférence. Ils ont ensuite longtemps relégué
l’écologie au second plan. Puis semblent se mobiliser de
nouveau. Du côté de l'Eglise catholique, les choses sont
contrastées. A dire vrai, on revient de loin et il y a encore
beaucoup de chemin à parcourir. En France, il faut signaler la
création, à l'orée des années 90 et au sein
du mouvement Pax Christi, de la commission “Création et
développement durable”. Laquelle a aidé les évêques
français à se mobiliser. Ce fut long et ils ont finalement
adopté en 2000 une déclaration sur “Le respect de
la Création”. Et en 2005, publié le livre “Planète
vie, planète mort, l’heure des choix.” (Cerf), une
somme précieuse de réflexions et d’exemples concrets.
Mais il faut bien dire qu’au sein de la Conférence des
évêques français, la sensibilité écologique
reste très minoritaire. L’écrivain Jean Bastaire
développe depuis une vingtaine d’années une réflexion
historique, théologique et mystique sur la place de la nature
dans la tradition chrétienne et sur la dimension cosmique du
Salut. Il a rassemblé les textes de Jean-Paul II relatifs à
l’écologie. Ces écrits montrent combien la sensibilité
du pape était vive. Mais on peut regretter qu’il n’ait
pas publié une encyclique sur ce sujet. Son successeur le fera-t-il
? On annonce pour l’été 2008 la parution de l’encyclique
Caritas in veritate qui aborderait les questions sociales et environnementales.
Quelle place y tiendra l’écologie ? C’est trop tôt
pour le dire. Ce qui est sûr, c’est que Benoît XVI
exprime souvent sa préoccupation pour la sauvegarde de la Terre.
Illustration à travers un geste symbolique : le Vatican a fait
planter une forêt climatique en Hongrie. Cela pour compenser ses
émissions de gaz à effet de serre, limitées au
demeurant. En juin 2007, le Vatican a également annoncé
que des panneaux solaires serait installés sur la salle d’audience
Paul VI. Benoît XVI invite volontiers les chrétiens à
se mobiliser pour l’écologie. De fait, les choses bougent
depuis quelque temps. La presse catholique multiplie les dossiers. Prier,
évidemment, avec ce beau HS et des numéros courants. Nous
donnons la parole à des militants aussi divers que l’explorateur
Jean-Louis Etienne, Pierre Rabhi, JM Pelt, les moines bénédictins
de l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire. Nous avons relayé les
campagnes “Vivre Noël Autrement” et “Vivre l’été
autrement” mené par un collectif de mouvements chrétiens,
à l’initiative de Pax Christi. Campagnes qui invitent à
vivre ces temps de manière moins consumériste et plus
respectueuse de l’environnement. Mais Prier n’est pas le
seul titre à se mobiliser. La nouvelle formule de l'hebdomadaire
“La Vie” a une rubrique “Bien vivre écologie”.
Les mouvements et services d’Eglise sont eux-mêmes désormais
dans le coup. En mars dernier, j’étais invité à
une conférence de presse intitulée : “La sauvegarde
de la création, une problématique au coeur de la recherche
de foi des catéchumènes”. La prise en compte de
de l’écologie est, de fait, pour l’Eglise catholique,
et pour les Eglises en général, une belle occasion de
rejoindre nos contemporains, les jeunes en particulier car ils s’en
préoccupent beaucoup. Les Eglises ont un pouvoir d’influence
sur les individus, certes diminué en Occident, mais très
vif dans nombre de pays pauvres ou émergents. Si elles enfourchent
vraiment ce cheval de bataille, elles feront évoluer les esprits
de manière significative. La mobilisation des Eglises doit s’appuyer
sur une réflexion théologique renouvelée. L’un
de nos chroniqueurs à Prier, le dominicain JM Gueullette, a attiré
notre attention sur sur son assisitant à l’université,
Fabien Revol, jeune laïc, doctorant en théologie et biologiste
de formation. Il le présente comme “l’un des très
rares théologiens francophones à s’intéresser
à la question de l’écologie, qui est pourtant d’une
brûlante actualité.” L'homme donne des formations
en paroisse sur ces questions. Le père François Euvé,
jésuite, travaille aussi sur “le salut de la création”.
Et d'autres sans doute.
Reste
à préciser que la mobilisation pour l’environnement
a acquis une forte dimension dimension oecuménique. Que c'est
un moteur du rapprochement des Eglises. Rappelons que le premier rassemblement
oecuménique européen à Bâle, en 1989, avait
pour thème “Justice, paix et sauvegarde de la Création”.
En Suisse, en Allemagne, dans les pays scandinaves, les Eglises se mobilisent
de concert et depuis longtemps. Il est vrai que ces pays ont une grande
longueur d’avance sur nous. Deux exemples. A Berlin, les circulations
à vélo représentent 10 % des déplacement
urbains. A Paris, elles n’ont pas encore atteint les 1%. Deuxième
exemple : le gouvernement suédois s’est officiellement
engagé à soritr de la dépendance à l’énergie
nucléaire et au pétrole d’ici à 2020. Et
il a mis en place toute une série de mesure pour y parvenir.
5.Vers
une nécessaire révision des modes de vie
Il faut revenir aux sources : ce que nous disent les traditions spirituelles
du monde entier, c’est que nous ne devons pas être prométhéens,
vouloir être Dieu à sa place. Or l’homme moderne
est un homme hyperprométhéen et cela le conduit à
sa perte. Nous avons étrangement oublié que notre sort
est intimement lié à celui de la nature. Celle-ci va se
“rebiffer” et il faut s’attendre, désormais,
on l’a vu, à des dérèglements climatiques
sans précédents avec leurs lots de catastrophes. Quant
à l’effondrement de la bio-diversité, on ne mesure
pas à quel point il appauvrit les conditions même de notre
vie sur terre. Il n’y pas d’autres solutions, à terme,
que de revoir notre mode de vie. Il nous faut impérativement
aller vers ce que certains appellent la frugalité heureuse. Produire
et consommer moins mais mieux. Vaste projet et difficile mise en oeuvre
tant nous avons pris de mauvaises habitudes, tant l’économie
mondiale est structurée sur le modèle productiviste. Tant
aussi les intérêts des riches vont à l’encontre
de l’intérêt des pauvres : aussi bien au niveau des
citoyens d’une même nation qu’au niveau international.
Hélas, l’égoïsme des nations est à l’image
de l’égoïsme des individus. Pourtant les experts s’accordent
à dire que nous devons non seulement cesser de piller les ressources
naturelles mais aussi mieux les répartir, et, d’une manière
générale, organiser une meilleure répartition des
richesses sans quoi notre monde deviendra un enfer. Désormais
apparaissent dans le champ politique de nouveaux concepts, minoritaires
mais appelés à se développer : celui de la décroissance
soutenable des pays riches et son corollaire, celui de la simplicité
volontaire. Il n’est pas facile de parler de décroissance
tant le mythe d'une croissance économique indéfinie est
un mythe puissant. Les écologistes posent une simple mais pertinente
question : “dans un monde fini, un monde aux ressources limitées,
peut-il y avoir une croissance illimitée ?” Et ils font
valoir que pour que le monde entier puisse vivre comme les Occidentaux,
il faudrait plusieurs planètes terre. On voit bien par là
que notre mode de développement est absurde, à tout le
moins voué à être amplement corrigé. “Vivre
simplement pour que tous puissent simplement vivre” disait Gandhi.
Une parole dont on n'a pas fini de mesurer à quel point elle
est prophétique.
6.
A notre niveau, que pouvons-nous faire ?
Les petits ruisseaux font les grands fleuves : chacun peut, à
son niveau, faire quelque chose. “Pensez globalement, agir localement”,
selon un slogan cher aux écologistes. Je reprends ici un document
réalisé par l’atelier “Chrétiens responsables
de la création,” de CVX, un mouvement de laics inspirés
par la spiritualité des jésuites.
“Consommer moins et mieux, cela touche nos habitudes concernant
:
-nos achats : privilégier la vente directe (produits du terroir,
produits écolabelisés, recyclés, issus du commerce
équitable et de l’agriculture biologique. Manger autrement,
par exemple moins de viande et de qualité bio.
-nos loisirs : on parle maintenant d’écotourisme.
-notre consommation d’énergie. Economiser l’essence
en privilégiant la bicyclette, le co-voiturage et les transports
en commun. L’électricité et le gaz en faisant isoler
son logement, en utilisant les énergies renouvelables (éolien,
solaire, bois, etc.), en préférant les ampoules à
basse consommation, en choisissant des appareils économes en
énergie
-nos déchets : en les triant, en limitant les emballages, notamment
les sacs plastiques, en donnant au lieu de jeter;
-notre consomation d’eau, en récupérant l’eau
de pluie pour le jardin ou même pour la maison, comme cela se
fait de plus en plus ; en privilégiant les appareils peu consommateurs
; en limitant l’usage des détergents et pesticides.
-notre épargne en privilégiant l’épargne
solidaire et les fonds éthiques.
-notre façon d’être citoyen en réalisant certains
choix de consommation et pas d’autres, en fonction de notre situation
propre : parisien, j’ai personnellement renoncé à
la voiture individuelle et m’en trouve très heureux. En
aidant à l’évolution de la société
par des actions associatives, politiques, ecclésiales et autres.
Au
niveau spirituel, ce qui est en jeu, c’est de ressentir que tout
est relié. Les bouddhistes appellent cela l’interdépendance.
Pour un chrétien, cela veut dire qu’en Christ, il y a une
unité profonde de tout le Vivant. Et que cette unité,
subtile, mystérieuse et pourtant réelle, dont les mystiques
font l’expérience intime, cette unité implique que
nous soyons beaucoup plus respectueux non seulement des hommes, mais
aussi de tout le Vivant, des mondes animal et végétal.
Concrètement, cela signifie par exemple refuser l’élevage
industriel des animaux, dans des conditions cruelles. A fortiori la
vivisection. Mais aussi et encore tous les polluants chimiques qui détruisent
les sols et les rivières, et qui, par ricochets, font mourir
les oiseaux, les insectes, les abeilles et les poissons, et qui nous
rendent malades. Oui, nous faisons partie du même univers. Oserais-je
dire que nous sommes tissés de la même matière ?
Merci d'avoir eu la patience de m'écouter.
Jean-Claude
Noyé