|
|||
| ~ LA GRANGE D'UBEXY ~ |
saint Benoît, une source pour nous |
|
Questions pour nous aujourd’hui :
Dans un environnement fait de bruits divers : radio, télévision, téléphone, MP3, circulation urbaine … ai-je peur du silence ?
Si je vis seul comment j’habite ou fuis le silence qui m’entoure ?
Dans mes rencontres, quelle place je fais au murmure, à l’écoute et à la parole de l’autre ?
Ai-je fait une véritable expérience de silence ?
Est-ce qu’il m’arrive de rechercher des moments de silence, et comment je les utilise ?
Quelle est pour moi la qualité du silence ?
Est-ce que j’aime ou déteste le silence ?
Est-ce que face à toutes les sollicitations qui m’arrivent, je sais prendre du recul, me mettre en retrait ? |
LA REGLE DE SAINT BENOIT Une manière de vivre au quotidien et … à découvrir ensemble.
Dans l’environnement bruyant qui est le nôtre, la Règle de saint Benoît vient nous inviter à chercher et trouver un juste équilibre entre silence et paroles. Aborder le silence c’est aussi se tourner vers la parole. L’Ecriture est Parole de Dieu et la Parole de Dieu est efficace : Dieu dit, et cela se réalise (Gen 1). Jésus, le Christ est le Verbe, la Parole venue nous dire le Père (Jn1). Face à cette Parole, il y a les paroles de l‘homme. La Règle de saint Benoît, reprenant la Parole, nous met en garde sur l’usage que nous faisons de nos paroles, de ce que nous disons, et cela dès le Prologue : ‘’ Si tu veux avoir la vie, la vraie et l’éternelle, garde ta langue du mal, et que tes lèvres ne disent pas de paroles trompeuses … (Prol. 17 ; Ps 33,14-15). Apprendre à contrôler sa parole, c’est aussi apprendre à savoir se taire, à découvrir, pratiquer et expérimenter le silence (Chap.6). Cette maîtrise de la langue évite les paroles oiseuses, les paroles en l’air, le parler pour ne rien dire, pour se faire plaisir, pour s’écouter (Pr 13,3), et nous apprend à fuir le murmure, le plus grand ennemi des relations humaines (chap. 5,14) Saint Benoît nous dit d’aimer, de garder, de cultiver le silence (Chap.6), lequel peut se définir comme absence de paroles, dites ou entendues, absence de bruit qui supprime toute distraction et met en face de soi-même. Ainsi le silence peut revêtir plusieurs formes :
Tout ce que nous avons reçu au cours de l’histoire de l’humanité nous a d’abord été transmis de manière orale, et nous avons appris à communiquer avec les autres par des gestes puis des paroles. Quand l’apprentissage de la parole par un enfant se fait difficile, les parents sont inquiets. En effet, la parole nous met en relation les uns avec les autres, elle est un moyen de communication et un lien social fondamental. Si la Parole a besoin d’être écoutée, pour éviter des dérives nos paroles ont besoin d’être maîtrisées : ‘’Je sais ce que je dis ! Je vais lui dire ses quatre vérités ! Il faut qu’il le sache ! Il saura ce que je pense (est-ce vraiment bien utile pour lui ou est-ce que je me libère ?). Je n’ai pas peur de dire ce que je pense !’’ Alors que l’on dit facilement de l’autre qu’il parle sans réfléchir ou pour ne rien dire ! C’est parce qu’il avait trop parlé qu’Hérode fit décapiter Jean-Baptiste (Mc 6,17-29). En effet, à partir du moment où nous faisons un effort pour nous contrôler, que nous vivons en état de veille, ce que l’on peut aussi traduire par ‘’tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler’’, ce que nous dirons viendra du cœur, car c’est du trop plein du cœur que parle la bouche (Lc 6,45) … et notre relation à l’autre, même si elle est difficile sera vraie. Benoît nous dit aussi de ’’savoir taire des choses bonnes‘’ (Chap. 6,3). Quand nous savons que notre parole même bonne, ne sera ni accueillie, ni acceptée, ni comprise il vaut mieux garder le silence et lâcher prise, à l’exemple de Jésus face à Pilate (Mt 27,12-14). C’est là sans doute une première démarche d’humilité et il y a aussi ce silence de Dieu expérimenté par Job et celui du soir du vendredi saint au matin de Pâques… ce silence de Dieu auquel il nous arrive d’être confronté ou de partager dans l’épreuve. En parallèle ou à l’opposé du silence subi, le silence actif, le silence choisi, le vrai silence qu’il faut garder, aimer, cultiver, nous met en possession de nous-mêmes. ‘’Le silence, c’est quelquefois se taire, mais le silence, c’est toujours écouter ’’ (Madeleine Delbrel ), car ‘’il favorise le souvenir de Dieu et la communion fraternelle ; il ouvre aux inspirations de l’Esprit Saint, entraîne à la vigilance du cœur et à la prière solitaire devant Dieu …‘’ (Constitution 24 des cisterciens). ‘‘Par
le silence,
Louise de Ballon, moniale cistercienne du XVIIème siècle
La Grange d’Ubexy (juillet 2008) |