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- GERTRUDE D'HELFTA -

 

 
" LA JOIE DE TA PRESENCE SALUTAIRE "

Malgré les égarements de mon esprit et tant de plaisirs trompeurs qui me retenaient,

quand, après des heures et hélas ! après des jours,

et comme, oh douleur, je le crains, après des semaines, je revenais à mon coeur,

toujours je t'y ai trouvé,

de sorte que je ne pourrai jamais alléguer que tu te sois éloigné de moi,

même l'espace d'un clin d'oeil,

depuis cette fameuse heure jusqu'à présent, ce qui fait déjà neuf ans,

excepté une fois, durant onze jours, avant la fête du bienheureux Jean Baptiste :

cela arriva, me semble-t'il, suite à une certaine conversation mondaine, un jeudi,

et dura jusqu'au lundi, qui se trouvait être alors la vigile de saint Jean Baptiste,

pendant la messe qui débutait justement par "Ne crains pas, Zacharie".

Ta douce humilité et la merveilleuse bonté de ton exraordinaire charité,

virent que j'avais à ce point perdu le sens

que je ne prêtais aucune attention à la perte d'un tel trésor ;

je ne me rappelle pas en effet en avoir éprouvé de la douleur,

ou au moins quelque petit désir de le retrouver ;

c'est pourquoi je me demande maintenant avec étonnement

quelle folie avait suspendu mon intelligence,

à moins peut être que tu ne m'aies donné là d'expérimenter en moi-même

ce que dit Bernard :

"Quand nous fuyons, tu nous poursuis ; nous tournons le dos et tu reviens en face ;

tu supplies, mais nous détournons les yeux ;

pourtant aucun désordre, aucun mépris ne peut absolument pas te détourner

de t'occuper sans cesse ni te lasser de nous attirer vers cette joie

que l'oeil n'a pas vu, ni l'oreille entendu, qui n'est pas montée au coeur de l'homme".

Et de même qu'au commencement ce fut sans mérite de ma part,

alors, parce que retomber est pire que tomber, ce fut malgré un démérite sans bornes

que tu as daigné me rendre la joie de ta présence salutaire qui dure jusqu'à cette heure.

Pour tout cela, louange te soit rendue, et cette action de grâces

qui, procédant avec douceur de l'amour incréé et dépassant toute créature,

reflue en toi-même.

Gertrude d'Helfta - Le Hérault L.II, ch.III, 3

 

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