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RB 30 - une discipline adaptée à l'âge Bien à propos en période de Carême, le dernier mot de ce chapitre 30 parle de guérison : « ut sanentur », non pas « afin qu’ils se corrigent », ainsi qu’il est traduit, mais « afin qu’ils soient guéris, remis en bon état ». Quel que soit notre âge, Dieu est à l’œuvre pour nous renouveler et c’est en accueillant sa parole que nous passerons d’un faire inadéquat à un être qui se reçoit de lui, c'est-à-dire, de Celui qui nous offre sans cesse de pouvoir devenir, en actes et en vérité, enfants de Dieu. Au terme de ces chapitres sur l’excommunication, c’est donc vers la plénitude du salut que saint Benoît nous oriente : « ut sanentur », afin qu’ils soient, que nous soyons guéris. Il nous signifie par là que tout ce qu’il a essayé de mettre en œuvre n’a d’autre but que de nous remettre en bon état. Réparer nos manquements est en effet indispensable si nous ne voulons pas en rester au stade de l’adolescence mais « parvenir à l’état d’adulte, à la taille du Christ dans sa plénitude », comme le dit encore saint Paul aux Ephésiens, en soulignant, à travers l’image du corps, que cette croissance se fait « ensemble ». Il ne faudrait pas que la réflexion sur la précarité de nos communautés, en nous focalisant sur le poids ou les limites de l’âge, nous fasse oublier l’essentiel : notre salut, personnel ou communautaire, n’est pas une question de nombre ou d’années, mais de foi. Regarder quel est notre âge revient alors à nous demander où est notre foi ? Il ne s’agit pas de nous leurrer sur notre propre devenir mais d’acquérir une jeunesse du cœur en nous laissant transformer par la présence agissante d’un Autre, de Celui qui nous appelle à avancer de plus en plus vers Lui.
RB 31 a - contemplation et action « Avoir soin … faire … exécuter … administrer … prendre soin … faire » : les verbes qui jalonnent la première partie de ce chapitre 31 pourraient laisser croire que le cellérier est tout entier dans l’action. Mais on relève qu’au début du passage saint Benoît indique comme critère de choix : « être rempli de la crainte de Dieu ». Au centre, il insiste pour que celui qui a reçu cette charge « veille à la garde de son âme, se souvenant de la parole de l’Apôtre ». Et à la fin, il lui enjoint de « regarder tous les objets et tous les biens du monastère comme les objets sacrés de l’autel ». Autrement dit, il importe que tout se passe et se fasse sous le regard de Dieu. Parce que, comme le rappellera demain la seconde partie de ce chapitre 31, le monastère est « la maison de Dieu », parce que tout y est à Lui et pour Lui, tout aussi peut devenir moyen de nous ouvrir à sa présence et à son action en nous, de raviver le don de nous même signifié lors notre profession monastique. Jusque dans le domaine matériel, dont il est question aujourd’hui, retentit son appel à avancer de plus en plus vers Lui qui nous a rassemblées en ce lieu pour son service. Au début de son sermon 58 sur le Cantique, saint Bernard montre combien contemplation et action ne se distinguent que pour mieux se conjuguer : « Reconnaissez, dit-il du plus concret de son expérience, qu’en cette vie, la contemplation ne saurait être de longue durée, parce que l’action nous presse, comme plus urgente et plus utile. L’Epoux sentant donc, selon son habitude, que l’Epouse s’est un instant reposée près de lui, ne diffère pas de la rappeler à des occupations plus profitable ; toutefois il ne la contraint pas ; il ne ferait pas ce qu’il a défendu à d’autres. Mais pour l’Epouse, être tirée par l’Epoux, c’est recevoir de lui le désir d’être tirée, le désir des bonnes œuvres, le désir de produire des fruits pour l’Epoux ; car elle ne vit que pour lui, et mourir aussi pour lui lui serait un gain. Et il est véhément ce désir qui ne la presse pas seulement de se lever, mais de se lever à la hâte ; car il y a dans le texte : levez vous, hâtez vous, venez. Et ce n’est pas un médiocre encouragement pour elle de s’entendre dire, venez, au lieu d’allez ; elle comprend qu’elle est plutôt conduite qu’envoyée, et que son Epoux l’accompagnera. Or que peut elle trouver de difficile dans cette société ? … Elle n’est pas éveillée contre sa volonté, puisque l’Epoux met en elle cette volonté qui n’est autre chose qu’un désir ardent du profit spirituel». « Tirer profit de notre participation à la vie monastique », pour reprendre une expression de la constitution 51, c’est découvrir que toute activité peut être matière à nous laisser accompagner par Celui que nous avons cherché au plus secret de l’oraison. « Il ne tiendra rien pour négligeable », stipule encore saint Benoît, et cela peut s’entendre dans ce sens d’une contribution du plus terre à terre à notre enracinement dans le Christ. A partir de là, il devient possible d’agir « avec raison et humilité » et de « faire tout avec mesure », c'est-à-dire d’être, en nos multiples occupations, des «amis de la paix », selon la belle formule de l’évangile de ce 14ème dimanche.
mardi 8 juillet 2008 |