la Règle au fil des jours

 

mercredi 13 juin 2007

RB 10 - depuis Pâques jusqu'au premier novembre

Le chapitre 8 a parlé des « offices divins dans la nuit », distinguant une première et une seconde période, « du premier novembre à Pâques » d’abord, puis « de Pâques au premier novembre ». Le chapitre 9 s’est situé « au temps d’hiver dont il a été parlé ». Ce matin le chapitre 10 considère « comment célébrer la louange divine en été », c'est-à-dire « depuis Pâques jusqu’au premier novembre». On pourrait continuer la liste. Les chapitres qui nous occupent depuis lundi dernier et pour deux semaines encore, évoquent les saisons et les grands moments de l'année liturgique, les nuits et les différentes heures du jour, les dimanches et la semaine, les fêtes des saints et les solennités.

En réglant l'ordre de la psalmodie Saint Benoît n'entend pas nous enfermer dans un carcan, ni faire de nous les rouages d'une machinerie bien remontée. Les offices sont un instrument privilégié au service de notre vocation, ils transforment la fuite des jours en moyen d'accomplir cette œuvre de Dieu à laquelle rien ne doit être préféré. Ils sanctifient le temps en entrant dans ses rythmes, ils en ressaisissent le cours, afin qu'au lieu de nous emporter il nous porte vers Dieu. Nous le chantons dans le psaume 30 : « Mes temps sont dans ta main » ; et au psaume 68 : « C'est l'heure de ta grâce ».

L'ordre à suivre dans la liturgie afin que tout se déroule au mieux pour atteindre cette fin dans la paix, concrétise une recherche incessante, inlassable, celle de notre conformation au Christ. Car le parcours va de Pâques au 1er novembre et du 1er novembre à Pâques, comme pour mieux ancrer, office après office, notre sanctification dans le mystère pascal. En épousant le rythme des jours et des saisons, la liturgie nous permet ainsi d'entrer dans l'histoire du salut et de nous laisser conduire à travers son mouvement vers Celui en qui tout commence et s'achève et qui nous attire à lui jour après jour : « A chaque instant tu nous appelles et chaque jour qui passe nous rapproche de toi », dit une oraison. Le présent devient l’impact de son éternité dans nos vies.

Le déroulement précis de ces chapitres dessine donc un cadre dont la caractéristique n'est pas l'immuable mais la permanence : celle de l'action de Dieu à laquelle nous apprenons à nous ouvrir en revenant à l’église heure après heure. « Homme, écrivait Angélus Silésius, si tu en es encore au stade de tendre vers Dieu et d’aspirer à Lui, c’est que tu n’a pas été encore saisi par Lui dans tout ton être ». Nous sommes en route entre ces deux extrêmes.

table

OBSCULTA PERVENIES

dimanche 14 octobre 2007

RB 11 - dédicace

« Cette fête-ci, souligne saint Bernard dans son premier sermon pour la Dédicace, nous est propre : à moins d’être célébrée par nous, elle ne l’est par personne ». Les travaux d’aménagement de notre espace liturgique qui viennent de commencer, ne nous permettent pas de fêter sur place cet anniversaire de la consécration de notre église, mais ils sont peut-être une invitation à le commémorer avec « d’autant plus d’empressement spirituel », comme nous y engage encore l’abbé de Clairvaux.

Les chants du Gloria, de l’Alleluia, du Te Deum, de l’Amen et du Te decet, mis au programme par saint Benoît dans ce chapitre 11, conviennent particulièrement en une telle circonstance où la tonalité est à l’action de grâce pour cette « maison que Dieu nous a donnée».

Mais nous célébrons bien davantage que des pierres. « Quelle sainteté pourront avoir ces pierres, demande encore saint Bernard, que nous célébrions leur fête ? » Et il répond aussitôt : « Certes, elles ont une sainteté, mais en raison seulement de votre corps. Car, que votre corps soit saint, qui pourrait en douter, puisqu’il constitue le temple de l’Esprit saint ».

L’oraison sur les offrandes montre bien comment les deux réalités s’articulent : elle commence par l’évocation du « jour où le Seigneur a fait de cette maison le lieu de sa gloire et de sa sainteté », pour le prier ensuite « de nous transformer nous-mêmes en offrandes qui lui soient agréables ». Quand saint Benoît invite les moines à « se lever avec révérence dès le début du gloria », comme à « se tenir debout avec respect et crainte pendant la lecture de l’évangile », il ne vise à rien d’autre qu’à nous aider à entrer plus avant dans ce grand mystère de Dieu qui ne cesse de « construire pour sa gloire le temple vivant que nous sommes ».

« Ici, souligne de même la préface de la messe, tu construis pour ta gloire le temple vivant que nous sommes ; ici, tu édifies l’Eglise, ton Eglise universelle, pour que se constitue le corps du Christ ». Au-delà du cadre liturgique, c’est par toute notre vie que nous sommes appelées à participer à l’édification de cette demeure spirituelle. Le « retard, le désordre et la négligence » évoqués à la fin de ce chapitre nous rappellent à leur manière l’existence d’un lien fort entre ce qui se passe à l’église et ce qui a précédé.

Dieu « veut habiter cette maison de prière » qu’est notre église afin de nous apprendre à demeurer en lui au cœur de notre temps déjà ouvert à sa vie éternelle. Il ne nous est pas demandé d’être parfaites mais de nous ouvrir à Celui qui jour après jour nous édifie. « La juste satisfaction » dont il est question en conclusion de ce chapitre 11 nous montre à tirer profit jusque de nos malfaçons pour nous laisser ainsi travailler et habiter par la grâce.

table

OBSCULTA PERVENIES

vendredi 15 juin 2007

RB 12 - alleluia, benedicite, laudate, benedictus

A nouveau une citation de Nicolas Cabasilas. Il écrit : « Nous ne pouvons pas fuir les grâces de Dieu envers la nature, nous les recevons toutes, que nous le voulions ou non – car Dieu fait du bien même à ceux qui ne le veulent pas et use de contrainte par amour pour eux, en sorte que lorsque nous voulons secouer de nous ses bienfaits, nous ne le pouvons pas … Mais ce qui dépend du vouloir humain – je veux dire de choisir le bien, le pardon des offenses, la droiture de mœurs, la pureté de l’âme, la tendresse envers Dieu – la récompense de tout cela est la béatitude suprême. Et ces biens, il dépend de nous de les saisir ou de les fuir, si bien qu’ils sont accessibles à ceux qui le veulent, mais ceux qui ne le veulent pas, comment pourraient ils en jouir ? Car il n’est pas possible de vouloir contre son gré, ni d’être contraint volontairement ».

Le siège de la volonté, dans la Bible, c’est le cœur. La volonté du Christ, dont nous vénérons en ce jour le « Sacré-Cœur », est que tous « les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». Pas n’importe quelle vie, la vie en lui, pour boucler la boucle avec l’ouvrage de Cabasilas justement intitulé « la vie en Christ ». Mais nous, que voulons-nous? J’ai été frappée par les premiers mots de l’évangile de dimanche dernier : il était question de Jésus qui « guérissait ceux qui en avait besoin ». Or, qui n’a pas besoin de l’être, profondément ? Que l’évidence s’arrête à la frontière de notre liberté manifeste tout l’inexprimable de l’amour du Seigneur. « Veux-tu guérir ? », continue de nous demander Celui dont le cœur brûle du désir de notre salut.

« Alors Dieu créa son cœur et l’installa au milieu du monde », écrit Hans Urs Von Balthazar dans son ouvrage « le cœur du monde ». Il voit dans ce cœur « le moyen suprême » conçu par Dieu «pour pénétrer à l’intime du monde et le transformer de l’intérieur, le talisman pour faire sauter la porte verrouillée » par le péché et la mort. En contemplant le cœur de Jésus, à la fois « uni substantiellement au Verbe de Dieu » et «formé par le Saint Esprit dans le sein de la Vierge Mère», nous ne pouvons qu’entrer plus intimement dans cette présence à la présence de Dieu qui renouvelle le monde en commençant par le cœur de l’homme, ainsi que nous y exhortait déjà la Règle au début du chapitre sur l’humilité. Afin de nous y aider, la préface du jour parle des «sacrements de l’Eglise nés du côté transpercé du Christ pour que tous les hommes, attirés vers son Cœur, viennent puiser la joie aux sources vives du salut ».

Comment nous disposer à « recevoir de cette source divine une grâce plus abondante », comme l’exprime la prière d’ouverture ? Saint Benoît nous parle ce matin de louer et bénir Dieu. « Alleluia, benedicite, laudate, benedictus » : les paroles mises dans notre bouche par la liturgie des heures sont autant de réponses à Celui qui se tient à la porte de notre cœur et qui frappe, à son désir d’entrer chez nous et de faire en nous sa demeure. Que nos célébrations nous entraînent toujours plus profondément dans l’ouverture aux «merveilles de l’amour de Dieu » révélées dans le « cœur de son Fils bien-aimé ».

table

OBSCULTA PERVENIES

jeudi 14 février 2008

RB 12 bis - par coeur

Il vient d’être question d’« une leçon de l’Apocalypse par cœur », de même que lundi, le chapitre 9 parlait d’« une leçon de l’Apôtre, qui doit être récitée par cœur » et que mardi, le chapitre 10 prévoyait qu’ « on en dise une, de mémoire, tirée de l’Ancien Testament ». Demain encore, le chapitre 13 fera suivre « les psaumes Laudate d’une leçon de l’Apôtre récitée par cœur ».

Dans notre société hyper médiatisée, le par cœur est passé d’usage et pourtant, l’expression elle-même le dit bien, c’est en passant par le cœur, par la mémoire du cœur, que les mots deviennent parole transmise.

Les paroles de la reine Esther que la liturgie de ce 1er jeudi de carême nous transmet, venaient assurément du plus profond de son être : « Mon Seigneur, notre Roi, c’est toi le seul Dieu ; viens me secourir, car je suis seule, et je n’ai pas d’autre secours que toi ». Ces mots qui étaient plus que des mots d’être passés par son cœur ont touché le cœur de Dieu et ils continuent de parler au nôtre pour nous adresser par eux à « Lui qui connaît tout».

« Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte », dit Jésus à ses disciples. « La parole de Dieu est toute proche de nous, dans notre bouche et dans notre cœur, pour que nous la mettions en pratique » (Dt 30,14) : c’est elle qui nous apprend « ce qui est juste » et nous encourage à « l’accomplir avec empressement », pour reprendre le vocabulaire de l’oraison du jour.

En nous « faisant vivre en accord » avec Celui qui « a fait pour nous tout ce qu’il avait promis », elle nous « donne cette bonne chose » de découvrir à quel point « sans lui nous ne pouvons pas exister ». Où passe la Parole que nous pro-posent, que posent devant nous les différents offices de la journée ?

table

OBSCULTA PERVENIES

dimanche 15 juin 2008

RB 12 ter - louanges

Ce chapitre 12 de la Règle se déroule sous le signe de la louange. Rien de plus normal puisqu’il y est question de « la solennité des laudes », terme qui veut justement dire «louanges ». Il s’agit, « au point du jour » comme le spécifiait le chapitre 8, de chanter les louanges du Seigneur. D’où «l’alleluia, le cantique Benedicite, les psaumes Laudate, le cantique Benedictus ».

Si nous commençons ainsi par bénir Dieu, c’est, nous dit la liturgie de ce 11ème dimanche ordinaire, parce qu’il nous a sauvés. « Vous avez vu », dit le Seigneur, par la médiation de Moïse, aux enfants d’Israël, « ce que j’ai fait à l’Egypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle pour vous amener jusqu’à moi ».

Laissés à nous-mêmes, nous étions perdus, « comme des brebis sans berger », pour reprendre l’image initiale de l’évangile du jour. Saint Paul, en seconde lecture de la messe, nous le rappelle également : « Alors que nous n’étions capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions ».

La clé d’une pareille œuvre, c’est l’amour de Dieu « nous réconciliant avec lui par la mort de son Fils, nous sauvant par la vie du Christ ressuscité ». Telle est la source de notre louange : elle ne gomme pas notre pauvreté mais l’ouvre au salut de Dieu. C’est dans ce sens que l’office des Laudes débute par le psaume 66 : « Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, … et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations », suivi du psaume 50 avec alleluia : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché … Libère moi, … mon Dieu sauveur, … ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange ».

Notre louange s’enracine dans l’expérience du salut, elle se déploie à la mesure de la force de Dieu à l’œuvre dans notre faiblesse. Si cette louange sort de nos lèvres, son authenticité se vérifie en ce qu’elle saisit tout notre être et toute notre vie, en ce qu’elle fait de nous « des ouvriers du maître de la moisson ». « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement », nous redit Jésus ce matin en guise d’envoi.

Comment répondre aujourd’hui à cet appel à « proclamer que le royaume des cieux est tout proche » ? Il ne nous est pas demandé d’accomplir des choses extraordinaires, de jouer les thaumaturges ou les prophètes inspirés. En même temps qu’elle nous rappelle notre fragilité et l’extrémité de nos limites, l’oraison du jour souligne que c’est « en observant les commandements », simplement, ordinairement, que « nous pourrons vouloir et agir de manière à répondre à l’amour du Seigneur ».

Qu’est-ce qui nous retient d’accomplir ce peu que sa grâce encore nous offre, de nous engager dans une relation profondément salutaire, puisque Celui qui nous appelle est aussi celui qui est « favorable à nos appels », si loin que nous soyons ?

table

OBSCULTA PERVENIES

mardi 16 octobre 2007

RB 13 a - les jours ordinaires

Ce chapitre 13 de la Règle s’ouvre sur la mention des « jours ordinaires », lesquels, comme l’indique l’énumération des psaumes qui leur sont impartis, s’étendent du lundi au samedi, hormis les fêtes des saints et les solennités dont il sera question au chapitre suivant. Le passage lu ce matin nous montre cet ordinaire marqué par nos lenteurs : saint Benoît prévoit qu’« on récite d’abord le psaume 66 sans antienne et en traînant un peu … afin que tous aient le temps d’arriver pour le psaume 50 ». La seconde partie, que nous lirons demain, soulignera d’autres pesanteurs, non pour alourdir le tableau, mais pour mieux montrer leur retournement en grâce dans cette œuvre de Dieu qu’est l’office accompli au quotidien : c’est dans la récitation de l’oraison dominicale que « les frères se purifient des épines de querelles qui ont accoutumé de se produire ».

Un article émanant de l’église catholique de Lyon dit à propos du temps ordinaire que «c’est le temps de l’accueil du salut dans notre vie et notre histoire, le temps où l’Esprit Saint nous apporte et intériorise en nous la vérité, la vie, l’amour, la liberté, la sainteté du Christ et fait de nous l’Église en marche au milieu des consolations et des tribulations de l’histoire humaine. Par là le temps liturgique nous révèle la valeur de la vie ordinaire aux yeux de Dieu. Il nous dit que Dieu a voulu et réalisé les mystères du salut par amour pour l’homme ordinaire et que celui-ci a à les recevoir et les vivre dans sa vie ordinaire et au sein de ses relations ordinaires. L’humilité de Dieu se manifeste non seulement dans le fait que son Fils a pris les chemins de pauvreté pour sauver le monde, mais aussi en ce qu’il a aimé les hommes dans leur vie ordinaire, qu’il a sauvé le temps ordinaire, qu’il a sanctifié les hommes dans leur réalité la plus ordinaire. Pour aimer Dieu, pour devenir des saints, pour être témoins du salut, il n’est pas nécessaire de faire des choses extraordinaires. Il faut vivre dans l’Esprit Saint tous les aspects de la vie ordinaire. Dans l’année liturgique, le Temps Ordinaire n’est donc pas un temps mineur. Même s’il est entouré de teintes moins brillantes, il est ainsi comme pour mieux s’insérer dans la trame de la vie quotidienne ! ».

En insérant les offices dans cette trame de la vie quotidienne saint Benoît nous ramène jour après jour au lieu privilégié où prend corps notre relation ordinaire à Dieu. Le mesurons nous assez ?

table

OBSCULTA PERVENIES

dimanche 17 juin 2007

RB 13 b - pardonne-nous comme nous pardonnons

La liturgie de ce 11ème dimanche ordinaire et la fin du chapitre 13 que nous venons de lire se rejoignent pour attirer notre attention sur la force du pardon. « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas », répond le prophète Nathan à David qui reconnaît sa faute. Et face aux invités se demandant « qui est cet homme qui va jusqu’à pardonner les péchés », Jésus répond à la pécheresse : « Ta foi t’a sauvée, va en paix ». Saint Benoît, lui, prescrit de conclure les offices par la récitation du Pater, avec une insistance particulière sur deux demandes de « la dernière partie de cette oraison » : «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons ... et délivre-nous du mal».

Au chapitre 38 du Chemin de la perfection, Thérèse d’Avila considère que Jésus, lorsqu’il nous enseigne à prier son Père, «aurait bien pu lui représenter d’autres œuvres et lui dire : Pardonnez-nous, Seigneur, parce que nous faisons beaucoup de pénitences, beaucoup de prières, beaucoup de jeûnes, ou parce que nous avons tout abandonné pour vous et que nous vous aimons beaucoup. Il n’a pas dit non plus : Pardonnez nous parce que nous sommes prêts à faire le sacrifice de notre vie pour vous, ou autres choses de ce genre : mais seulement parce que nous pardonnons ».

Non pas « comme nous pardonnerons », mais comme nous pardonnons, car, souligne t’elle, « il s’agit d’une chose déjà faite ». « Celui qui a déjà remis complètement sa volonté entre les mains de Dieu, quiconque a dit du fond du cœur cette parole à Dieu : Que votre volonté soit faite, doit en effet avoir déjà tout pardonné ». Elle demande alors : « Que fera une pauvre âme comme la mienne qui a si peu à pardonner et qui a tant besoin qu’on lui pardonne » ? Dans une telle perspective, on ne peut que s’émerveiller, comme elle le fait, qu’ « une action d’aussi peu de prix que celle de pardonner nous-mêmes » nous ouvre à «une faveur aussi grande et aussi importante que le pardon du Seigneur ». Il nous manifeste là toute l’étendue de sa miséricorde.

Saint Benoît parle de cet incommensurable échange en terme de « purification ». Il s’agit en effet, comme l’écrit encore Thérèse d’Avila, de comprendre que « nous nous présentons devant Dieu les mains vides », puisque, « loin de nous acquitter de ce que nous lui devons, nous nous endettons tous les jours davantage ». Il importe donc de «prier Dieu qu’il nous délivre à jamais de ces dangers » que ce passage de la Règle nomme «des épines de scandales » et autres « vices », et qu’il « nous affranchisse de tout mal ». C’est, insiste Thérèse d’Avila au chapitre 44, « la seule chose valable ». Et elle continue : « Bien que nous ne désirions pas encore très parfaitement une telle faveur, ne manquons pas de la demander avec instances : que nous en coûte-t-il de demander beaucoup, puisque nous nous adressons au Tout-Puissant ? Mais, et la conclusion est importante, pour mieux réussir, laissons-le nous accorder ses dons comme il le voudra, puisque nous lui avons déjà, nous, fait le don entier de notre volonté ».

Saint Benoît nous montre de même ce matin le chemin direct, pour, à partir de nos multiples déficiences, accéder à la miséricorde incommensurable de Dieu : pardonner, c’est le laisser nous pardonner. « Si le diable pouvait sortir de son soi, tu le verrais assis bien droit au trône de Dieu », assure, à sa façon paradoxale, Angelus Silesius. Hors de soi qui n’est pas celui de la colère à l’heure du ressentiment ou de la vengeance, mais celui du par-don, avec le préfixe par ou per qui suggère à la fois le mouvement à travers jusqu’à l’achèvement de l’action et l’intensité du changement radical qui s’opère là.

On dit que le par-don est la perfection du don, non pas le nôtre mais, à travers les limites de celui que nous osons, que nous posons, un autre sans limite que nous laissons advenir. Quels buissons d’épines empêchent les paroles que nous disons « le soir et le matin et à midi » de rejoindre notre cœur pour rétablir notre communion en Dieu ? Laissons les plutôt nous dégager, puisque déjà, comme le souligne ce passage de la Règle, « nous sommes engagées par la promesse que nous faisons en cette oraison ».

table

OBSCULTA PERVENIES

mardi 17 juin 2008

RB 13b bis - mettre en pratique ce que nous disons

Le fait que la célébration de l’office divin nous rassemble tout au long du jour et des jours ne doit faire illusion ni à nous même ni aux personnes qui nous connaissent ou nous fréquentent. Dans la ligne de la parabole du pharisien et du publicain, l’évangile du jour rappelle à ceux qui sont convaincus d’êtres justes parce qu’ils sont en règle, que Dieu fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons.

Nous ne sommes pas meilleures que les autres. Les « épines de querelles » ne manquent pas, elles « ont accoutumé de se produire » dans les monastères comme ailleurs. L’insistance de saint Benoît sur l’oraison dominicale dite à la fin des laudes et des vêpres nous ramène à notre condition de pécheurs « pardonnés comme nous pardonnons ».

Les textes de la liturgie de ce 11ème mardi l’illustrent à leur manière. Pour satisfaire sa convoitise, Acab, fort de sa puissance royale, n’a reculé ni devant le meurtre ni devant le vol, mais lorsque le prophète Elie le rattrape pour lui annoncer que le Seigneur lui rendra selon ses œuvres, la repentance dont il fait preuve retarde le châtiment. Quant à Jésus, il engage ses disciples rassemblés autour de lui sur la montagne, à dépasser par l’amour et la prière la haine des ennemis, « afin d’être vraiment les fils de leur Père qui est dans les cieux ».

« Vous donc, conclut-il, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». A nous donc, comme le souligne la fin de ce chapitre 13 de la Règle, de nous « engager par la promesse que nous faisons », matin, midi et soir, « en cette oraison : ‘Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons’ », et de « nous purifier » ainsi « de ces sortes de fautes ».

« Il est bien certain, écrit Thérèse d’Avila dans son ouvrage intitulé justement ‘Le chemin de la perfection’, que le Seigneur ne manquera pas à sa parole … Dès le jour où il verra que nous récitons cette prière sans arrière pensée, et que nous sommes résolues à mettre en pratique ce que nous disons, il nous enrichira de ses dons ». Ses dons, c’est avant tout son pardon, et c’est par le nôtre que nous oeuvrons avec lui pour sa gloire et notre salut.

table

OBSCULTA PERVENIES

jeudi 18 octobre 2007

RB 14 - liturgie des heures

Les chapitres 8 à 10 nous ont dit « comment célébrer la louange divine » en hiver, du premier novembre à Pâques, et en été, de Pâques au premier novembre. Les chapitres 11 et 12 ont parlé des offices du dimanche, et le chapitre 13, hier, des jours ordinaires. Il est question aujourd'hui des fêtes des saints. Ce simple relevé montre que la liturgie dessine un nouveau cycle, elle introduit un nouveau rapport au temps par la succession des célébrations qui le sanctifient en entrant dans ses rythmes.

Jour après jour, l'office nous fait pénétrer communautairement dans l'histoire du salut, réorientant le cours de nos vies vers Dieu en qui tout commence et s'achève. Il transforme la fuite des heures en liturgie des heures, c'est à dire en moyen d'accomplir, d'être parti prenant de cette « œuvre de Dieu » à laquelle saint Benoît dit que « rien ne doit être préféré ». Il ressaisit le déroulement du temps afin qu'au lieu de nous emporter, il nous porte vers Dieu.

Notre participation à cet aujourd'hui de Dieu à travers l'office ne peut que rejaillir sur notre être au quotidien, dans une façon autre de nous situer par rapport au cours des choses et des événements, ce qu'un moine, féru d'exercices de conjugaison, traduisait avec humour en conseils pour chaque jour de la vie : « Premièrement, ne jamais vivre au conditionnel, dans l'irréel du passé ; deuxièmement, accueillir avec joie les impératifs du présent en consentant à l'imparfait ; troisièmement vivre l'instant de tel manière que le futur devienne un jour un passé simple ».

Le psaume 30 le chante à sa manière lorsqu'il dit : « Mes temps sont dans ta main », et le psaume 68 ajoute: « C'est l'heure de ta grâce ». Bref, ces chapitres 8 à 20 dessinent un cadre dont la caractéristique n'est pas l'immuable mais la permanence : celle de l'action de Dieu à laquelle on ne peut coopérer sans dépassement de nos projets pour entrer dans la gratuité de son œuvre qui est de toujours à toujours. Laissons la liturgie nous y convier tout le long de ce jour et des jours.

table

OBSCULTA PERVENIES

jeudi 19 juin 2008