la Règle au fil des jours

 

mardi 8 janvier 2008

RB 01 a - transformations

S’il « est manifeste qu’il y a quatre catégories de moines », ce que nous venons d’entendre nous avertit qu’elles ne sont pas hermétiquement séparées. Appartenir à l’une n’empêche pas de passer dans l’autre.

Nous voyons ce matin « la deuxième catégorie, celle des anachorètes ou ermites », découler de « la première, celle des cénobites », de façon édifiante. Ceux qui « passent de l’armée fraternelle au combat solitaire » ont été « formés par une longue épreuve dans le monastère » et c’est « grâce au soutien de nombreux frères » qu’ils « peuvent désormais soutenir, Dieu aidant, avec leur seule main et leur seul bras la guerre contre les vices de la chair et des pensées ».

Les mutations suivantes seront autrement périlleuses. Car, s’il est possible de progresser, les deux autres catégories nous rappelleront demain que la voie de la régression n’est jamais totalement fermée.

Où passe la ligne de démarcation ? L’épître de saint Jean, en première lecture de la messe, proclame que « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés ».

L’évangile du jour nous renvoie quant à lui à l’eucharistie, sacrement de l’amour divin toujours offert pour que nous nous laissions « transformer par le Verbe fait chair au plus intime de notre cœur » et « vivions par lui ».

La caractéristique des sarabaïtes et des gyrovagues est justement de demeurer fermés à la grâce. Saint Benoît les décrira « renfermés dans leur propre bergerie, et non dans celle du Seigneur ». Ils en restent à « leurs désirs », à « ce qu’ils pensent ou préfèrent ou leur déplaît », à « leurs volontés propres et à leurs plaisirs ». Aucune référence à autre que soi dans « la condition des tous ces gens », qualifiée en conclusion de « misérable ».

C’est que l’ouverture n’est pas facile. Les deux premières catégories nous sont présentées ce matin sous le signe du « combat », de « l’épreuve », de « la lutte contre les vices de la chair et des pensées » qui nous poussent à nous refermer sur nous-même.

La Règle, « maîtresse d’expérience » dira le passage suivant, indique au contraire la voie vers l’autre et le Tout Autre. A quoi nous référons-nous, nous qui nous prétendons des cénobites, pour ne pas croupir dans notre misère, « telles des brebis sans berger », mais recevoir le salut qui vient de Dieu, la plénitude de son amour à communiquer ?

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jeudi 10 mai 2007

RB 01 b - les catégories de moines

La vie monastique n'est pas de tout repos. Non seulement parce que les occupations ne nous manquent pas, mais surtout parce que ce qui est en jeu au cœur même de notre agir - l'union à Dieu, la suite du Christ, l'expérience spirituelle - demande un décentrement de nous même pour répondre à Celui qui nous appelle. Dom Bernardo, dans sa lettre sur « notre vie monastique à la suite du Seigneur Jésus » dit que « notre ascèse consiste à éliminer progressivement le proprium ou dissemblance avec Dieu afin d'adhérer à Lui et de refléter son image ». De toute évidence, un tel travail excède la faiblesse de nos capacités: c'est en prenant appui sur la victoire pascale du Christ que nous recevrons à notre tour de traverser l'épreuve. Avancer sur un tel chemin de purification ne peut en effet se faire que par un consentement toujours renouvelé à cet amour sauveur qui nous précède et nous attire, qui nous dépasse et nous rattrape, nous relève.

Hier, la Règle, en parlant « d'armée fraternelle et du soutien de nombreux frères », soulignait le rôle de la communauté. La vie commune est assurément une aide, en ce sens qu'elle nous met très concrètement et quotidiennement sur le chemin de cette dépossession de soi indispensable pour grandir dans l'amour du Christ. Les relations fraternelles, non pas qu’elles soient idylliques, peut-être même à cause de leur difficulté, nous poussent à sortir de nos étroitesses et de nos replis, elles sont le lieu où nous prenons conscience de notre solidarité dans le Christ, puisque chaque pas que nous faisons pour progresser dans la fidélité à notre vocation porte aussi l'autre à avancer, comme nos retraits retardent l'édification de la communauté. Le contre exemple des sarabaïtes et des gyrovagues montre à quoi s’exposent ceux ou celles qui se « renferment dans leur propre bergerie » et demeurent « esclaves de leurs volontés propres ».

Mais les personnes ne se réduisent pas à des catégories. Ce serait trop facile. Les bons (autrement dit nous-même) d’un côté et les mauvais de l’autre. Retrouver ce premier chapitre de la Règle, avec hier son imagerie guerrière et ce matin son défilé de dérèglements, nous rappelle que les frontières entre les divers genres ne sont jamais assurées. « Le démon », ou encore « les vices de la chair et des pensées », puisque tels sont les ennemis mentionnés, ont tôt fait, si nous n’y prenons pas garde et ne leur résistons pas, de nous faire basculer de l’une dans l’autre classe, de la « vie en commun, dans un monastère, sous une règle et un abbé », pour les cénobites que nous prétendons être, à cette « loi de la satisfaction de nos désirs » qui nous fait « tenir pour saint tout ce que nous pensons ou préférons » et « regarder comme illicite tout ce qui nous déplaît ».

« C’est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage », écrit saint Paul aux Galates. Comment ne pas penser ici à la lutte héroïque de saint Antoine, le père des moines, contre les forces obscures qui voulaient le faire renoncer à son propos de servir Dieu. Au chapitre 10 de sa Vie, saint Athanase raconte comment, après un assaut redoublé des démons, il interpella celui qui lui avait manifesté sa grâce : « Où étais-tu ? Pourquoi n'as-tu pas paru dès le commencement pour faire cesser mes douleurs ? » En réponse, une voix se fit entendre : « J'étais là, Antoine, j'attendais pour te voir combattre. Puisque tu as tenu, que tu n'as pas été vaincu, je serai toujours ton secours ». « Dieu qui nous a sanctifiés et qui nous a donné le bonheur quand nous étions pécheurs et malheureux sera toujours notre secours » pour nous aider à persévérer. Continuons de puiser dans cette certitude la force de « garder fidèlement ses commandements » et ainsi de « demeurer dans son amour ».

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dimanche 9 septembre 2007

RB 01 b bis - devenir disciples

La description des sarabaïtes et des gyrovages que fait ce premier chapitre de la Règle, illustre tout à fait ce qui arrive à qui prétend venir à Jésus sans renoncer à lui-même et le préférer à tout : « Il ne peut pas être mon disciple », dit Jésus par trois fois dans l'évangile de ce 23ème dimanche. « La si puissante catégorie des cénobites » que Saint Benoît se propose d' « organiser », intéresse au contraire quiconque saisit qu'un tel dépouillement est l'expression du consentement à suivre le Christ, afin de passer en Lui de « l'esclavage des volontés propres » à la fraternité et à la communion exaltées par saint Paul dans sa lettre à Philémon que nous entendrons en seconde lecture de la messe.

Les sarabaïtes et les gyrovagues s’engagent, quant à eux, à contre voie : « Mous comme le plomb, ils tiennent pour saint tout ce qu'ils pensent ou préfèrent, et regardent comme illicite ce qui leur déplaît ». Si nous sommes lucides, nous reconnaîtrons sans peine que ces travers nous guettent nous aussi et nous affectent à nos heures ! La route que trace saint Benoît pour les éviter, ou en sortir quand nous nous sommes laissé piéger par l'égocentrisme, est simple et droite : il s'agit de suivre la « règle, maîtresse d'expérience », qui n'a d'autre visée que de nous conformer au Christ en nous entraînant à marcher derrière lui.

Elle vient tester le sérieux de notre réponse aux exigences de l'évangile et vérifier notre capacité d'ouverture et de sortie de nous même pour entrer dans ce qui est demandé en acte de foi. L'observer est le chemin incontournable pour inscrire dans la réalité notre propos de conversion, de retour à Dieu, pour signifier concrètement le retournement de notre manière d'être, non plus centrée sur « la satisfaction de nos désirs » mais orientée vers Lui.

Le passage lu hier parlait du caractère formateur d’ « une longue épreuve dans le monastère », mais aussi du « soutien de nombreux frères ». Les chapitres suivants montreront que saint Benoît n'entretient pas une vue idyllique sur ce qu'il nomme encore « l'armée fraternelle ». Si la vie commune constitue assurément une aide, c'est en tant qu'elle nous met très concrètement et quotidiennement sur le chemin de cette dépossession de nous-même indispensable pour grandir dans l'amour du Christ. Les relations fraternelles nous poussent hors de nos étroitesses et de nos replis, elles sont le lieu où nous prenons conscience de notre solidarité dans le Christ, puisque chaque pas que nous faisons pour progresser dans la fidélité à notre vocation porte aussi l'autre à avancer, comme nos retraits retardent l'édification de la communauté.

Il s'agit au fond de savoir si « nous vivons deux ou trois ensemble, ou même tout seuls, sans pasteur, renfermés dans notre propre bergerie ou dans celle du Seigneur ». Les choix que nous faisons de le préférer à tout sont autant de pierres pour « bâtir la tour » où demeurer dans la grâce de son appel. Au début et à la fin de ce premier chapitre saint Benoît évoque l'aide de Dieu : « Dieu aidant », accomplissons aujourd'hui ce qui nous permettra de devenir toujours davantage et en vérité des disciples du Christ.

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jeudi 10 janvier 2008

RB 02 a - pastorale

Les images pastorales ne manquent pas dans ces premiers chapitres de la Règle. Hier, il était question de ceux qui « vivent deux ou trois ensemble, ou même tout seuls, sans pasteur, renfermés dans leur propre bergerie, et non dans celle du Seigneur ».

Ce matin, saint Benoît parle « d’imputer à la faute du pasteur tout ce que le Père de famille trouvera de mécompte dans ses brebis », mais aussi de « sollicitude pastorale consacrée à un troupeau turbulent et indocile », de « soins dépensés pour guérir leurs maladies spirituelles », de « mort frappant ces brebis rebelles aux soins de leur pasteur ».

Le tableau n’a rien de champêtre. Il y aurait même de quoi devenir chèvre ou tourner en bourrique sans la venue de Celui qui n’a pas craint de « descendre du haut des demeures royales du Père jusque dans les crèches des animaux », comme l’écrit Guerric d’Igny dans l’un de ses sermons.

L’évangile du jour nous le présente « portant la Bonne Nouvelle aux pauvres, annonçant aux prisonniers qu’ils sont libres et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apportant aux opprimés la libération » : de quoi nous savoir rejointes jusque dans nos enclos reculés, et plus encore invitées à quitter nos pâturages stériles pour nous ouvrir à la vérité et au salut de ces paroles de l’Ecriture que nous entendons et qui s’accomplissent chaque aujourd’hui.

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dimanche 11 mai 2008

RB 02 a bis - pentecôte

Il est plusieurs fois question du rôle de l’Esprit Saint dans la Règle. Ce matin, saint Benoît l’évoque comme agent de notre filiation adoptive, « selon ces paroles de l’Apôtre : Vous avez reçu l’esprit des fils d’adoption, par lequel nous crions ‘Abba, c'est-à-dire Père’ ».Au début du Prologue déjà, il nous avait invité à « entendre ce que l’Esprit dit aux Eglises », explicitant ensuite ces appels de l’Esprit par un « venez, mes fils, écoutez moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur ».

Le document romain « l’Esprit Saint remplit l’univers », rédigé en préparation du grand jubilé de l’an 2000, rappelait au numéro 3 que « si l’Esprit, ensemble avec le Père et le Fils, est origine et soutien de toute la création, cela peut être affirmé d’une manière particulière de l’homme … C’est l’Esprit insufflé par Dieu dans ses narines qui infuse en lui la vie ; et après le péché, c’est toujours l’Esprit qui lui redonne la nouvelle vie acquise à partir du Christ. Et c’est toujours l’Esprit qui incarne et imprime en l’homme l’image de Dieu et, dans l’œuvre de la régénération, lui apporte la vie nouvelle en le faisant fils dans le Fils».

Plus loin, au numéro 8, il est question de l’action de l’Esprit comme « transfigurant la vie du chrétien qui se laisse travailler par lui, car il ne cesse de sculpter l’image du Christ dans chaque baptisé ». Cette première partie du chapitre 2 de la Règle nous laisse entrevoir quelques traits concrets de cette œuvre de l’Esprit en nous, et cela dans deux directions complémentaires. Car c’est l’Esprit qui, d’une part, suscite et soutient notre obéissance aux préceptes du Seigneur, et qui, d’autre part, nous guérit lorsque nous nous en sommes écartés.

Si le temps pascal se termine avec la fête de la Pentecôte, le temps ordinaire qui reprend demain son cours, nous est donné, non pour rester, comme les disciples de l’évangile, enfermés dans nos peurs, mais pour nous laisser travailler au souffle de l’Esprit. Dans l’un de ses sermons pour la Pentecôte, Isaac de l’Etoile développe ce qu’il en est de l’esprit de l’homme lorsqu’il se laisse ainsi conduire par l’Esprit de Dieu : « L’esprit droit, écrit-il, nous dirige vers Dieu, l’esprit saint nous fait adhérer à lui, l’esprit principal nous empêche de nous éloigner de lui. L’esprit droit nous corrige du mal, l’esprit saint nous corrobore pour le bien, l’esprit principal nous y conforme. L’esprit droit nous détourne du mal, l’esprit saint nous fait accomplir le bien, l’esprit principal nous donnera une habitation pour toujours ». Et il ajoute un peu plus loin : « Par l’Esprit la grâce est donnée après la justice : et l’esclave qui avait été libéré par le Fils devient aujourd’hui ami par l’Esprit ».

Un autre de nos Pères, Gilbert de Hoyland, parle, dans son 38ème sermon sur le Cantique, des « milliers d’hommes qui, ce jour de la Pentecôte, lorsque l’Esprit souffla avec violence, formèrent un flot spirituellement abondant, eu égard à la vérité professée, à la parole proclamée, à la vie menée ». La parole survient pour faire en nous la vérité et manifester sa puissance de renouvellement dans nos vies. Laissons nous remplir par cette force d’en haut afin de « proclamer », à notre tour, « les merveilles de Dieu ».

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mardi 11 septembre 2007

RB 02 b - la parole et les actes

Nous ne sommes pas meilleures que les autres. Hier, saint Benoît nous rappelait nos « maladies spirituelles » et parlait d’un « troupeau turbulent et indocile ». Ce matin, il évoque les « cœurs durs ». Il souligne également que nos actes ne sont pas forcément en accord avec ce que nous « prêchons aux autres » ; que nos manières de considérer ces derniers souffrent de déformations et que notre regard sur nous-même frise l’aveuglement ! Les deux versets de l’Ecriture cités en finale de ce passage sont imparables : « Pourquoi proclames-tu mes lois et déclares tu mon alliance par ta bouche, alors que tu hais la discipline et que tu as rejetés mes paroles ? » Et encore : « Toi qui voyais un fétu dans l’œil de ton frère, tu n’as pas vu la poutre dans le tien ? ».

Pareille mise à nu de nos incohérences n’est pas pour nous y enfoncer davantage, elle veut plutôt nous servir de leçon, autrement dit, ce n’est pas pour rien que des termes comme « enseigner, faire voir, apprendre » traversent le passage que nous venons d’entendre. Il s’agit, en parole et surtout en actes, de devenir disciples, et la première qualité du disciple est d’être réceptif : « Aux disciples réceptifs, il enseignera par ses paroles les commandements du Seigneur ». Ce que le prologue, il y a une dizaine de jours, formulait ainsi : « Ecoute … prête l’oreille de ton cœur … reçois volontiers l’enseignement … mets le en pratique ».

Les actes, mentionnés deux fois ici avec une insistance particulière, contribuent en effet à ouvrir notre cœur à la parole de Dieu en la laissant s’inscrire dans la réalité qui est la nôtre sous la forme d’une discipline de vie. Sans cet engagement du vécu, nos propres paroles, si élevées soient elles, resteront sans effet pour notre croissance personnelle et communautaire.

Gilbert de Hoyland au numéro 2 de son 23ème sermon sur le Cantique montre bien cette double influence de la parole sur les actes et des actes sur la parole : « Lorsque tu entends quelqu’un se glorifier en quelque sorte, en disant : Non, ce passage de l’Ecriture sainte ne m’édifie pas, que dit-il d’autre, à ton sens, sinon : La parole de feu a perdu en moi son efficacité ; elle ne me brûle ni ne m’enflamme, elle ne déploie pas en moi sa puissance de fécondité ? Sa propre stérilité, il l’impute à la parole, alors que celle-ci, quant à elle, ne fait que croître et fructifier. Quelle glorieuse vanterie, frères : la parole de Dieu ne t’édifie pas, comme tu le prétends ! Peut être les réalités anciennes n’ont-elles pas encore été renversées et déracinées, si bien que les nouvelles ne peuvent s’édifier par-dessus, ni germer, ni se produire ». Quel terreau allons nous offrir aujourd’hui à la parole entendue ?

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dimanche 13 mai 2007

RB 02 c - nous sommes tous un dans le Christ

« Que chacun garde sa place », venons nous d'entendre, et la suite du texte nous indique où se trouve ce lieu propre, puisque saint Benoît parle immédiatement après de notre unité dans le Christ : « Car libres ou esclaves, nous sommes tous uns dans le Christ ». Notre place est assurément dans le Christ ; c'est sur lui que, par notre profession, nous avons choisi de nous construire, personnellement et communautairement. Cette place est à « garder », avec ce que le verbe connote de vigilance, de labeur, et par dessus tout de préférence. On ne se construit pas sans faire et refaire à longueur de vie le passage du nous seule au nous par lui, avec lui et en lui. Si les choses s'établissent sur un autre fondement, nous tombons dans les rivalités de toutes sortes, comme le livre des Actes des Apôtres nous le rappelle en première lecture de la messe.

« Que chacun garde sa place ». L'injonction de saint Benoît est à recevoir comme une invitation à demeurer ou à revenir dans la grâce de celui qui nous appelle, le Christ présent au milieu de ceux qui sont réunis en son nom. De cette présence du Christ pascal dans notre vie, l’oraison de ce 6ème dimanche de Pâques note la vertu transformante. Le canal en est notre fidélité à sa parole. « Si quelqu’un m’aime, nous dit Jésus dans l’Evangile, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ».

Saint Benoît, lui, nous parle des « armes que nous portons au service d’un même Seigneur ». Quelles sont-elles ? Deux expressions sont à relever. Il est d’abord question de « celui qui sera trouvé plus avancé dans les bonnes actions et l’obéissance », puis, un peu loin, « d’être plus riches que d’autres en bonnes œuvres et en humilité ». Pareil avancement, une telle richesse, ne tiennent pas à ce que nous avons, et que l’autre n’aurait pas, mais à ce que nous sommes en vérité devant Dieu. Là, être et agir progressent de paire : « Voici ce que je suis et voilà ce que je fais, et je le suis parce que je le fais, et je le fais parce que je le suis », écrit Isaac de l’Etoile dans son 47ème sermon.

Ce que nous faisons exprime t’il vraiment que « nous sommes tous un dans le Christ et que nous portons tous les mêmes armes au service d’un même Seigneur » ? Non seulement nos actions, nos œuvres, mais aussi notre humilité et notre obéissance, sont elles effectivement placées là ? Il y a dissonance, nous dit Saint Benoît, lorsque nous faisons « acception de personnes ». Le passage que nous lirons demain parlera « des indociles et des turbulents, des négligents et des rebelles, des méchants, des opiniâtres, des superbes et des désobéissants » : autant de manières que nous avons, à nos heures, de désunir la communauté. La Règle nous presse ce matin de « nous distinguer aux yeux de Dieu », en l’occurrence, de le laisser renouveler notre regard, afin d’envisager les choses, les autres et d’abord nous-même dans le Christ, en qui se réalisent aussi bien notre communion fraternelle que notre unité profonde.

« Voici, dit Guillaume de Saint Thierry dans l’une de ses oraisons méditatives, que le vase de poterie s'échappe de la main de celui qui l'a pétri, de celui qui dit par le prophète : Moi, j'ai fait, moi je porterai ... (Mais) les vases de compassion que tu as préparés pour la gloire... eux par contre te reconnaissent pour leur créateur et leur potier, pour une glaise pressée dans ta main. S'il leur arrivait de tomber de ta main, malheur à eux, parce qu'ils se briseraient, se mettraient en miettes, et se réduiraient à rien. Ils le savent et de par ta grâce ils ne tombent pas ». Que chacun, donc, garde sa place : elle est, dans le Christ, toujours accessible.

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mardi 13 mai 2008

RB 02 c bis - rassemblées par l'appel divin

« Libres ou esclaves, nous sommes tous un dans le Christ » Cette brève notation commence par nous dire que la condition sociale n’a rien à voir avec l’identité du moine, de même qu’au chapitre 59, à propos « des fils de notables ou de pauvres qui sont offerts», la possession ou l’absence de biens ne conditionne en rien l’oblature de l’enfant.

Dans le même sens, le chapitre 60 rappelle que la dignité ecclésiale n’entraîne pas de considération particulière : le «prêtre qui demande à être reçu dans le monastère … ne doit se prévaloir de rien ». On peut également relever, au chapitre 61, que la nationalité n’est source d’aucune prévention : le «moine étranger qui vient d’une région lointaine est reçu dans le monastère autant de temps qu’il le désire, pourvu simplement qu’il se contente de la vie qu’on y mène ».

La position générationnelle non plus ne change quoi que ce soit : « Nulle part, souligne le chapitre 63, il n’y aura avantage ou préjudice du simple fait de l’âge ». Enfin, le chapitre 69 avertit qu’un quelconque lien ou « degré de parenté » à l’intérieur de la communauté ne saurait justifier «en aucune circonstance » ni « d’aucune manière » une protection particulière.

Bref, l’identité du moine ne se définit pas en arrière. Elle se construit en avant, « dans le Christ », dans une « transformation progressive à sa ressemblance par l’action de l’Esprit de Dieu », ainsi que l’exprime le n°2 de la Ratio. Venues d’horizons variés, marquées par une origine et une histoire pour chacune différente, d’âges divers, les personnes présentes au monastère, ont été, selon la formule de la constitution 5, « rassemblées par l’appel divin ». Cet appel toujours premier fonde non seulement l’unité de la communauté, mais aussi fait celle de notre être profond et de notre vie.

En écrivant sa Règle, saint Benoît « s’adresse à toi, qui que tu sois » : il l’a dit dès les premières lignes du prologue et le redira à la fin du dernier chapitre. Ce que nous sommes advient en avant, dans ce retournement, cette avancée de plus en plus vers Dieu dans lesquels nous entrons jour après jour, par sa grâce.

Saint Jacques, dans la première lecture de la messe, nous parle à la fois d’épreuve et de don. Répondre jour après jour à l’appel de Dieu ne nous soustrait pas à l’épreuve mais nous puisons sans cesse la force de la traverser dans le don que Dieu nous fait de sa propre vie dans le Christ qui nous rassemble.

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jeudi 13 septembre 2007

RB 02 d - malgré nos lourdeurs

Le passage de la Règle que nous venons d'écouter se termine par deux citations tirées du livre des Proverbes. Face à la première, nous pouvons nous demander quel est cet « insensé qui ne se corrige point par des paroles » ? Auparavant il a été question d'indociles, de turbulents, de désobéissants, trois termes qui, en latin, commencent par un « in » privatif marquant ici l'absence de discipline - indisciplinati -, là celle de repos - inquieti -, ou encore d'obéissance - inoboedientes -, autant d'attitudes caractérisées par un manque.

L'insensé, lui, a perdu le sens, privé qu'il est de ce qui lui permettrait de progresser dans la bonne direction : l’orientation vers Dieu. Le latin parle plus exactement de « sot », le terme sous-jacent évoquant la lourdeur et l'inertie de la pierre. Ce qui va le faire bouger et repartir dans le bon sens, nous dit saint Benoît, ce ne sont pas des paroles mais des actes. Tout au long de ce chapitre 2 il a été question du rapport entre les deux. Vient un moment en effet où il faut faire le pas, s'engager, sinon toute parole se vide faute de reposer sur une réalité qui lui donne sa consistance, sa vie.

« Les négligents, les rebelles, les méchants, les opiniâtres, les superbes » qu’évoque ce passage, c'est nous aussi, lorsque nous nous refusons à franchir ce seuil d'un retournement dans nos agissements qui seul peut « délivrer nos âmes de la mort » et nous ouvrir à la vie des enfants de Dieu. « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice : le reste vous sera donné par surcroît », entendrons nous demain, et encore : « Rien ne manque à ceux qui le craignent ». Tout cela demande à prendre corps effectivement.

Lorsque saint Benoît conclut aujourd'hui : « Frappe des verges ton fils et tu délivreras son âme de la mort », entendons que ces verges sont les actes que nous posons tout au long du jour, sur le fondement de la foi, pour nous remettre résolument dans le bon sens, celui qui nous sort de nos repliements pour avancer sous le regard de Dieu et renaître de sa grâce. Ce que nous avons à vivre ne nous appelle pas à des résolutions sans lendemain ou à des regrets stériles, mais à une fidélité qui se construit patiemment, malgré nos lourdeurs.

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dimanche 13 janvier 2008

RB 02 d bis - fils dans le Fils

Bien en consonance avec l’évangile du jour, les premières lignes du passage de la Règle que nous venons d’entendre évoquent « la tendresse d’un père » et les dernières parlent de la condition de « fils ». « Tout ce qu’est ou tout ce qu’a le Fils de substantiel, écrit Baudouin de Ford dans son quinzième traité, il l’a en commun avec le Père, et commun en ce sens qu’il le tient du Père … C’est du Père qu’il tient d’être le Fils, et il le tient du Père éternellement : sa naissance correspond à l’acte du Père qui l’engendre ».

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour » : la voix qui, en saint Matthieu, retentit ainsi des cieux, est assurément celle d’un Père plein de tendresse. Quant à l’image du fils, « corrigé pour être délivré de la mort», sur laquelle saint Benoît termine ce matin ses considérations, elle nous renvoie non à ce Fils bien-aimé sur qui l’Esprit de Dieu descend au jour de son baptême, mais à nous qu’il est venu guérir, comme le rappelle la seconde lecture, donnant à ceux qui l’accueillent le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

« Accorde à tes fils adoptifs, nés de l’eau et de l’Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté », demandons nous à Dieu dans l’oraison du jour. C’est là l’unique chemin pour devenir fils dans le Fils unique, et en Lui apprendre à nous recevoir sans cesse du Père. « Voilà, dit Isaac de l’Etoile, le baptême du Christ pour nous, comme une autre naissance qui nous fît naître en lui qui était né pour nous ».

« Ce qu’il a fait, ajoute-t-il ailleurs, n’est pas purement et simplement bon parce que plaisant à Dieu, ni bon pour les autres seulement, mais bon pour lui-même, parce qu’en cela lui-même a plu à Dieu ». « Les indociles et les turbulents, les négligents et les rebelles, les délinquants, les méchants, les opiniâtres, les superbes et les désobéissants», c’est nous aussi lorsque nous marchons à contre voie.

Au moment où nous allons quitter le temps de Noël et rentrer, par une semaine de retraite, dans l’ordinaire du temps, la contemplation du Christ venant se faire baptiser par Jean sur les bords du Jourdain est proposée à notre foi pour renouveler notre propre engagement à sa suite dans le bon plaisir du Père. Quel est notre désir de « progresser », comme saint Benoît nous « supplie de » le faire ce matin ?

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mardi 15 mai 2007

RB 02 e - des âmes à conduire

Trois fois dans le passage que nous venons d’entendre il est question d’ « âmes ». « Qu’il considère combien difficile et laborieuse est la charge qu’il a reçue de conduire des âmes … Qu’il se garde de négliger ou de compter pour peu le salut des âmes qui lui sont confiées … Qu’il pense sans cesse que ce sont des âmes qu’il a reçues à conduire ». Le terme est apparu une première fois à la fin du passage précédent et nous le retrouverons encore trois fois demain : sept en tout !

Anima, si l’on se reporte au dictionnaire, désigne le « principe de vie », le « souffle vital ». Le livre de la Genèse raconte qu’au commencement « le Seigneur modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7), ou, comme l’ont traduit littéralement les versions, « une âme vivante ». En écho à ce texte et le portant à sa plénitude, l’apôtre Jean, à l’autre bout de la Bible, nous a montré Jésus ressuscité au milieu de ses disciples, le soir du premier jour de la semaine : « Il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint ». L’Esprit saint, dont les évangiles de ces jours ci nous annoncent la venue, ou plutôt le don, est la nouvelle respiration de l’homme racheté.

Prendre soin de notre âme, c’est nous mettre à l’école du Fils mort et ressuscité pour notre salut et apprendre de lui à chercher et trouver, en toute circonstance, notre respiration profonde en Dieu, son Père et notre Père. Ce chapitre 2 de la Règle nous rappelle que nous sommes au monastère pour nous laisser conduire par l’Esprit, animer par le souffle de Dieu, afin de devenir par Lui vivantes pour Dieu en Jésus Christ. Quelle fenêtre allons nous ouvrir dans nos activités, dans nos relations, pour mieux l’accueillir ? Où allons nous conduire nos âmes pour qu’elles reprennent souffle en Dieu ?

Regere, conduire, diriger, est à la racine de regula, la règle. Diriger, c’est mener dans cette direction que la règle, comme « interprétation concrète pour nous de l’évangile », veut imprimer à toute notre vie, non pas de l’extérieur, tel un carcan, mais de l’intérieur, puisque c’est l’âme, le principe vital en nous qu’elle interpelle pour l’orienter vers Dieu. « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice : le reste vous sera donné par surcroît»; et encore : « Rien ne manque à ceux qui le craignent » : en quelques paroles tirées de l’Ecriture saint Benoît nous ramène une fois de plus à l’essentiel. Le sens est posé à partir duquel tout un travail de conversion, de re-création, peut s’opérer. « Que le mystère de Pâques dont nous faisons mémoire reste présent dans notre vie et la transforme », demandions nous à Dieu dans l’oraison de dimanche. La bonne nouvelle du salut est que tout désormais peut nous être occasion de nous ouvrir au don que Dieu nous fait en son Fils et de devenir dans « l’Esprit qu’il nous envoie en son nom » une âme vivante.

Au chapitre 4 du livre II du Hérault de l’Amour divin, sainte Gertrude d’Helfta raconte comment elle trouva un jour dans un livre une petite prière qu’elle s’appliqua dès lors à répéter avec ferveur : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, donne moi d’aspirer vers Toi de tout cœur, avec un plein désir et une âme assoiffée, et de reprendre souffle en Toi, très doux et très suave, et d’exhaler continuellement tout mon esprit et mon être entier vers Toi qui es le vrai bonheur ». Ces dernières semaines du temps pascal sont un moment particulièrement favorable pour revivifier nos aspirations: profitons des richesses que nous offre la liturgie pour reprendre souffle dans la parole de Dieu, dans la grâce de sa présence et de son action en nous.

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jeudi 15 mai 2008

RB 02e bis - chercher le royaume

A un tournant important de l’Evangile, puisqu’il va monter à Jérusalem pour y accomplir sa passion, Jésus interroge ses disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je? ». On se rappelle qu’au tout début de l’itinéraire, dans un épisode rapporté par saint Jean, il avait demandé à deux d’entre eux, alors disciples du Baptiste, qui s’étaient mis à le suivre : « Que cherchez-vous ? ».

« Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice », nous enjoint ce matin saint Benoît. C’est dans cette quête prioritaire qu’il nous sera manifesté et que nous manifesterons qui est vraiment Jésus pour nous. Il ne s’agit pas de négliger les « choses passagères, terrestres et caduques », mais de se soucier avant tout de ce bien salutaire auquel la mort et la résurrection du Christ nous a donné accès.

Saint Jacques, en première lecture de la messe, nous dit comment nous y ouvrir davantage : « Mes frères, ne mêlez pas des considérations de personnes à la foi en Jésus Christ ». Et pour ce faire, il nous engage à « appliquer la loi du Royaume, celle qui est dans l’Ecriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». « Nous sommes tous un dans le Christ », avait souligné la Règle dans le passage lu il y a deux jours, pour appeler, elle aussi, à ne « point faire acception de personne dans le monastère ».

Chercher le Royaume, c’est apprendre à porter sur les autres et toute chose le regard même de Dieu, et pour cela il nous faut passer derrière Jésus, nous mettre à sa suite, dans la confiance que « le reste nous sera donné par surcroît » et que « rien ne manque à ceux qui craignent Dieu ».

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OBSCULTA PERVENIES

jeudi 17 mai 2007

RB 03 a - le plus utile, le mieux, le meilleur

« C’est votre intérêt que je m’en aille », disait Jésus à ses disciples dans l’évangile de mardi dernier, de même que saint Benoît nous parle ce matin de ce qui est « le plus utile, le meilleur, le mieux ». « Car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais, si je pars, je vous l’enverrai».

Le passage de Jésus de ce monde à son Père culmine aujourd’hui avec son ascension, mais toute la liturgie insiste sur le fait que cet élévement initie pour l’église un déploiement. Après avoir énoncé que « le Seigneur Jésus, vainqueur du péché et de la mort, est aujourd’hui ce Roi de gloire devant qui s’émerveille les anges », la première préface de la fête précise que s’ « il s’élève au plus haut des cieux », ce n’est pas pour « s’évader de notre condition humaine » : « en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour ». La seconde préface proposée pour l’Ascension affirme pareillement qu’ « il est monté au ciel pour nous rendre participants de sa divinité ».

Le corps du Christ qu’est l’Eglise prend forme et stature lorsque sa tête, le Fils de Dieu descendu jusqu’en bas sur la terre, monte au plus haut des cieux afin de remplir l’univers, étendant la mission de ses disciples depuis Jérusalem jusqu’aux extrémités de la terre et leur promettant d’être avec eux tous les jours jusqu’à la fin des temps. Croissance qui se poursuit « jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude ».

Les trois oraisons de la messe se font l’écho de ce « pour nous » de la fête célébrée au 40ème jour après Pâques. Dans chacune il est question de cette vie avec le Christ auprès de Dieu que nous ouvre la victoire du Ressuscité. « Nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés auprès de toi et c’est là que nous vivons en espérance ». Comme les disciples réunis dans la chambre haute après l’ascension, nous sommes en effet dans l’attente. « Gens de Galilée » ou d’ailleurs, nous pourrions demander face à de si grandes promesses et plus encore face à la mission qui nous confiée : « Comment cela va-t-il se faire ? ». Le réponse de Jésus à ceux dont il fait ses témoins est la même que celle de l’ange annonçant à Marie l’incarnation du Verbe : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ». Voilà ce qui pour nous demeure d’âge en âge « le plus utile, le mieux, le meilleur ».

Le « rameau sorti de la souche de Jessé, sur qui repose l'Esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » continue de nous faire part de sa plénitude, au service de son corps qui est l’Eglise. Que la neuvaine préparatoire à la Pentecôte nous aide à ouvrir notre radicale pauvreté à une telle grâce, afin de devenir toujours davantage des membres vivants du corps du Christ.

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OBSCULTA PERVENIES

dimanche 16 septembre 2007

RB 03 a bis - l'appel des frères en conseil

Dans le passage de l'Exode qui sera lu en première lecture de la messe de ce 24ème dimanche, nous entendrons Moïse donner à Dieu lui-même un conseil : « Souviens toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Jacob ». En intercédant pour que le Seigneur ne livre pas à une ruine certaine Israël qui s'est détourné de lui, il en appelle à sa fidélité. C'est sur cette dernière également que s'appuiera le fils prodigue, dans la parabole évangélique, pour faire retour : « Oui, je me lèverai et j'irai vers mon père ».

L’humilité et l’obéissance avec lesquelles saint Benoît invite les frères à « donner leur avis » vont aussi dans ce sens : elles indiquent que le chemin passe là où le cœur se purifie et s’ouvre à l’Esprit qui donne de voir dans la lumière de Dieu ce qui va nous aider à avancer vers lui.

Le conseil, déjà dans son étymologie, consiste à rechercher ensemble ce que l’on veut. « Dieu, lui, comme saint Paul l’écrit dans la première épître à Timothée, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ». Saint Benoît souligne que c’est lui également qui « révèle ce qui est le meilleur » : il s’agit donc de se mettre ensemble à son écoute afin de discerner ce qui est « le mieux », et « le mieux », est-il encore précisé, c’est aussi ce qui est « le plus utile ».

Les lectures de ce 24ème dimanche nous montrent à leur manière en quoi consiste ce plus utile : pour Dieu, c'est la miséricorde, et pour l'homme, la conversion, les deux choses s’appelant d'ailleurs l’une l’autre. Si Abraham, Isaac et Jacob sont au point de départ du chemin par lequel 1'homme revient vers Dieu, on pourrait dire que Paul, dont la seconde lecture évoque la conversion, se trouve au terme, lui le blasphémateur et le persécuteur en qui Dieu a jugé bon de révéler son Fils. Le pardon suscite la reconnaissance et la force de la grâce appelle en réponse la foi et l'amour. Bref c'est toute la liturgie qui nous conseille et nous presse de nous engager dans ce retournement salutaire.

« Fais tout avec conseil et après coup tu ne t'en repentiras pas », entendrons nous demain. Il est toujours important et urgent de nous entraider à croître dans la vérité de notre être monastique. Cela peut passer par des lieux et des temps pour donner son avis sur tel ou tel point, mais le plus éloquent se vit au quotidien dans un réajustement de nos manières de voir ou de faire afin de resserrer notre unité dans l'essentiel.

« Que nul dans le monastère ne suive la volonté de son propre cœur », dira encore le passage suivant : discerner la volonté de Dieu ne peut que nous acheminer vers une plus grande communion. Inlassablement Dieu prend les devant pour nous en montrer les chemins. C'est pourquoi nous sommes invitées par l'évangile à nous réjouir de sa miséricorde plutôt qu'à nous désoler stérilement sur notre misère.

Oui, comme l’écrit Charles Péguy, dans un texte cité par le missel en écho aux paraboles de saint Luc, « Dieu a pris les devants » : « Tous les sentiments, tous les mouvements que nous devons avoir pour Dieu, Dieu les a eu pour nous, il a commencé à les avoirs pour nous. Singulier retournement qui court au long de tous les mystères, et les redouble, et les agrandit à l’infini ». Et puisque c’est lui qui, le premier, a voulu pour nous le mieux et le meilleur, le plus utile sera toujours de nous retourner ensemble vers lui.

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OBSCULTA PERVENIES

dimanche 18 mai 2008

RB 03b - trinité

« Fais tout avec conseil, et après coup, tu ne t’en repentiras pas ». Si Dieu, au début de la Genèse, a pu « se repentir d’avoir fait l’homme sur la terre en voyant qu’à longueur de journée son cœur n’était porté qu’à concevoir le mal », ce mésusage de la liberté qu’il nous avait accordée pour répondre à son amour l’a finalement conduit à « envoyer son fils dans le monde pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

« En répandant les dons du Saint Esprit sur l’immensité du monde », il nous a également fait connaître « ce qui est meilleur » : « le mieux et le plus utile » dont parlait hier la première partie de ce chapitre 3. Dès lors « la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint sont toujours avec nous ».

« La Trinité toute entière, dit saint Bernard au numéro 10 de son sermon pour la naissance de saint Benoît, a semé dans notre terre … Dieu le Père y a semé, car son cœur a épanché son Verbe, la bonté même … Le Fils a semé à son tour ; c’est lui qui est sorti pour jeter son grain … L’Esprit Saint a aussi semé : car il est venu en personne, et des langues de feu se sont distribuées sur la tête des apôtres. Ainsi, la Trinité entière a semé. Le Père a r&eacut