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Mon Père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce qu'il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.
Je suis prêt à tout ; j'accepte tout.
Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures, je ne désire rien d'autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu, avec tout l'amour de mon coeur, parce que je t'aime, et que ce m'est un besoin d'amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance car tu es mon Père.
Fr. Charles de Jésus.
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CHARLES DE FOUCAULD (1858-1916)
15 sept.1858 : Naissance à Strasbourg dans la maison où fut chantée la Marseillaise pour la première fois (maison rasée en 1927). Devise de la famille : "Jamais arrière". Charles est baptisé à Saint-Pierre-le-jeune.
1861 : Naissance de Marie de Foucauld, à Wissembourg.
1864 : Décès des parents et de la grand-mère paternelle. Charles est élevé par son grand-père maternel à Strasbourg.
1871 : Installation à Nancy. Charles entre en 3ème.
1872 : Nationalité française.
1873 : Départ des Prussiens.
1874 : 1er Bac. Suite des études à Paris.
1875 : 2ème Bac.
1876 : Saint-Cyr. Reçu 82ème sur 412. Mesure 1,67 m. Driant chef de dortoir. Sarrail est le chef de dortoir de Pétain.
1878 : Mort du grand-père, enterré à Nancy (cimetière de Préville).
1879 : Sézanne, 4ème Régiment de Hussards. Puis à Pont-à-Mousson.
1880, décembre : Algérie. Le choc...
1881 : Quitte l'armée, à cause de Mimie. Evian. Révolte de Bou-Amada dans le Sud-Oranais. Réintégré dans l'armée, sur sa demande.
1882 : À Alger, prépare l'exploration du Maroc.
1883 : Maroc. 689 Km connus ; grâce à lui, 2250.
1884 : Paris. "En France, ce qui m'a le plus frappé,c'est le progrès qu'a fait le goût des inutilités coûteuses."
1885-1886 : Exploration sud algérien et tunisien. 134 croquis.
1886 : Retour à Paris. 50 rue de Miromesnil. Octobre : Conversion à l'église Saint-Augustin (abbé Huvelin). St Augustin, né et mort en Algérie (354-430) .
1888 : "Reconnaissance au Maroc" publié.
1888-1889 : Nazareth. "Revenir à l'Evangile, c'est le remède."
1890 : Devient Frère Marie Albéric à Notre- Dame des Neiges (Ardèche).
1897 : Palestine.
1899 : Devient Frère Charles de Jésus.
1900 : Paris, puis Rome. Ordonné prêtre à Viviers (Ardèche).
1901 : Béni-Abbès (Algérie).
1902 : Rachète un esclave. "Il nous faut crier quand nous voyons le mal."
1903 : Rencontre Lyautey (revu en 1905 et 1906). "Les représentants de Jésus se contentent de défendre, à l'oreille et non sur les toits, une cause qui est celle de la justice et de la charité."
1905 : Tamanrasset. Rentrera en France trois fois : l910, l91l, 19l3.
1911 : Construit l'ermitage de l'Asekrem.
1916 : Tué devant son bordj.
1927 : Tombe
déplacée à El Goléa.
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Dieu notre Père, tu as appelé le Bienheureux Charles à vivre de ton amour dans l'intimité de ton Fils, Jésus de Nazareth. Accorde-nous de trouver dans l'Evangile, le fondement d'une vie chrétienne de plus en plus rayonnante, et dans l'Eucharistie, la source d'une fraternité universelle. Par Jésus le Christ notre Seigneur.
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CHARLES DE FOUCAULD (extrait de "Leurs demeures en Lorraine", Marcel Cordier, éditions Pierron, Sarreguemines) Je reviens du cimetière de Mirecourt. Guidé par le Père Paul de Blic, curé de la paroisse de la Vierge à Epinal et petit-neveu de Charles de Foucauld, je me suis rendu sur la tombe d'« Eugénie Belfoy vicomtesse de Foucauld, 1798-1864». Belfoy : un nom prédestiné. Cette tombe noircie par les ans est située au centre du cimetière, à gauche d'une allée qui monte légèrement. La grand-mère du futur ermite, contemporaine de Vigny (1), est décédée d'une crise cardiaque : elle promenait Charles et Marie sur la route de Ramecourt (2), celle qui conduit à Neufchâteau par Baudricourt, village natal du grand-père de Victor Hugo. Survint un troupeau de vaches menaçant. Elle eut peur pour la vie des deux petits orphelins. Son cœur ne résista pas à l'émotion. Elle habitait non loin de là, une belle et grande maison à deux étages en face de l'hôpital actuel, 39 rue de l'abbé Germini : glycine près de la porte de gauche, vieille pierre sculptée d'un blason fixée au mur à droite en entrant, nombreuses cheminées à l'âtre de marbre, grandes glaces entourées de jolies moulures, tapisseries de toile tendues aux murs des couloirs, parquets de chêne ciré. L'entrée principale est à droite, comme les cuisines où trône une cheminée massive de grès vosgien. Le large escalier circulaire qui monte aux étages est éclairé par une verrière installée dans la toiture aux poutres anciennes et résistantes. Le personnel de service utilise un petit escalier dérobé, étroit mais taillé dans du bon bois solide. La cave voûtée découvre, obstrué, un vieil escalier en pierre, de style gothique, Renaissance tout au moins. Un ancien monastère, m'a-t-on dit, se situait à cet emplacement. Devant la vénérable demeure, un jardinet aux allées pavées de pierres blanches est agrémenté de fleurs et d'arbustes aux teintes diverses. Derrière, sous les arbres fruitiers, la propriété descend doucement vers cette même rive du Madon qui vit naître, trois siècles auparavant, un peu plus loin, près de l'église, un futur saint : Pierre Fourier (1565-1640). Dans ces lieux sains où souffle l'Esprit, l'Esprit Saint se taille une belle part. Fourier, Foucauld : deux fous de Dieu (3), sans oublier Eugène de Mirecourt. Cette maison a été rasée au printemps 1981. J'ai juste eu le temps de sauver la vieille pierre peinte de grès rose portant la date de 1699 (4). Quelqu'un d'autre a dérobé l'escalier dérobé que j'ai photographié dans le jardinet pour la postérité : le futur saint - peut-on en douter? -, âgé de six ans, a bien dû l'emprunter. Depuis, un promoteur y a construit deux immeubles de « grand confort» auxquels on a tout de même donné le nom de « Résidence de Foucauld». Les Algériens sont plus respectueux des dernières demeures de celui qui, au Sahara, avait fui, entre autres, cette frénésie du fric et du confort qui nous tue, et qui écrira : « En France, ce qui m'a le plus frappé, c'est le progrès qu'a fait le goût des inutilités coûteuses... le mal nous ne pouvons le recevoir que de nous-mêmes. Revenir à l'Evangile, c'est le remède.» A Strasbourg, la maison natale de Charles de Foucauld a été aussi démolie, en 1927, pour faire place à... la Banque de France (3, Place de Broglie). Quelle affaire! On avait pourtant deux bonnes raisons pour conserver cet édifice historique, comme le rappelle le texte de deux inscriptions qu'on peut lire sur la façade : « Ici s'élevait la maison où est né, le 15 septembre 1858, Charles de Foucauld, ancien officier de Cavalerie, explorateur du Maroc, missionnaire, assassiné par les Senoussistes, le 1er décembre 1916, à Tamanrasset, Sahara algérien». Et : « Ici s'élevait l'hôtel où retentit pour la première fois la Marseillaise, chantée par Rouget de l'Isle, chez le Maire Dietrich, le 26 avril 1792». Près de Mirecourt, à Charmes, une banque occupe aussi l'emplacement de la maison où naquit Maurice Barrès en 1862. L'arrière - grand-père paternel de Charles de Foucauld, un officier, s'était fixé à l'Est et avait épousé Marguerite de Belchamp. Son grand-père, né à Metz en 1784, décédé en 1849, avait œuvré pour les Eaux-et-Forêts à Vouziers (1813 - patrie du scientiste Taine), Mirecourt, Clermont-Ferrand (1821 - année de la mort de Napoléon) et Paris (1828). C'est dans la capitale de la dentelle et des violons qu'il fait la connaissance d'Eugénie Belfoy, qui habite la mêmerue. Ils se marient le 17 février 1819. Le futur père de Charles de Foucauld naîtra un an plus tard, en même temps que le Romantisme, et se destinera lui aussi aux Eaux-et-Forêts (5). A 35 ans, il épouse Elisabeth Beaudet de Morlet issue d'une famille champenoise fixée en Alsace-Lorraine avant la Révolution. La famille du vicomte de Foucauld est une très vieille famille noble et chrétienne dont la devise est jamais arrière. Notre Charles dira plus tard qu'il ne faut pas partir en disant qu'on va faire quelque chose et revenir sans l'avoir fait... Deux de Foucauld avaient été massacrés à Paris, aux Carmes, le 2 septembre 1792. Ces deux prêtres seront béatifiés 134 ans plus tard, par le pape Pie XI en 1926, dix ans après la mort du Père de Foucauld, en même temps que Jean-Baptiste Burté (de Rambervillers) et Antoine de Ravinel (de Bayon). Il serait souhaitable que le saint ermite du Sahara soit béatifié avant 2050 ! A Rome, on ne l'oublie pas, c'est une certitude. Charles de Foucauld naît donc dans la patrie de Kléber et de Kellermann, au cœur de l'Europe, dix ans après la seconde République étranglée par le second Empire, mais qui avait eu le temps, sous l'impulsion de Lamartine, chef du Gouvernement provisoire, de supprimer l'esclavage, et, entre autres, d'instaurer l'élection du Président de la République au suffrage universel (loi supprimée par Napoléon III et rétablie, sur référendum, par un autre grand Charles: de Gaulle). Il naît un an après Madame Bovary et Les Fleurs du Mal que la dictature napoléonienne va traîner devant le tribunal. Il naît la même année qu'Albert Samain, un an avant Bergson, Dreyfus et Jaurès qui marqueront la France de la fin du siècle. Marie, sa sœur (la future Mme de Blic), vient au monde aussi en Alsace, trois ans après lui, à Wissembourg. Arrive 1864 qui va faire deux jeunes orphelins : leur mère meurt d'une fausse couche ; puis leur père, de tuberculose. Les enfants sont recueillis par le grand-père maternel, parrain du garçon baptisé à Saint-Pierre le Jeune (actuel temple protestant) (6) qui habite l'« Hôtel de Wangen» rue des Echasses. Madame Mechthilde de Blic, à Mirecourt, possède deux beaux pastels représentant Charles de Foucauld et le colonel Charles Beaudet de Morlet vers cette époque douloureuse. L'enfant aux joues roses a un beau col de dentelle ; l'adulte, aux cheveux blancs, porte moustaches et barbiche napoléonienne, blanches aussi. En 1866, on loue une maison à Saverne près du château de Birkenwald et l'année suivante on emmène les enfants à l'Exposition Universelle de Paris. Le petit Charles écrit le 3 juillet à son cousin Adolphe Hallez : «J'ai été à l'Exposition, j'y ai vu de jolis petits vaisseaux et puis de grands canons et des petits, j'y ai aussi vu cinq Maures et quatre Arabes, je m'y suis bien amusé». Le 6 septembre 1866, il entre en sixième à Strasbourg, dans une classe de 55 élèves. Et on se plaint maintenant ! La guerre de 1870 éclate (le canal de Suez a un an) lorsqu'il termine sa cinquième. « Je voudrais bien aussi tuer des Prussiens », écrit-il encore à son cousin ; mais le colonel de Morlet, qui a 74 ans, bat en retraite, d'abord en Bretagne puis en Suisse. Après les hostilités, durant « l'année terrible» de la Commune de Paris, comme beaucoup d'Alsaciens-Lorrains annexés qui veulent rester Français, il opte pour Nancy. La ville natale de deux grands généraux, Hugo (le père de Victor) et Drouot (« le sage de la Grande Armée »), devra beaucoup de sa prospérité à la défaite de la France. A quelque chose malheur est bon ! Voir «l'Ecole de Nancy» avec, entre autres, un Friant natif de Dieuze ou les Daum natifs de Bitche. Il s'installe derrière la cathédrale, à l'Hôtel de Rozières (au rez-de-chaussée) situé à l'angle des rues du Manège et des Tiercelins. A l'extrémité de la rue du Manège, une plaque blanche, trop haut placée pour qu'on la remarque, rappelle que« avant de devenir l'ermite illustre du Sahara, l'apôtre des Touareg, Charles de Foucauld, a vécu dans cette maison quelques années de sa jeunesse. Août 1871-Octobre 1876. Hommage de la Ville de Nancy. » Cet hôtel a deux étages ; il est du XVIIIsiècle. La porte est â la dimension de la grande et noble bâtisse dont chaque fenêtre est surmontée d'un élément de sculpture ornemental. Il est devenu l'Institution Saint Dominique. Notons que Maurice de Blic, neveu de Charles, épousera Mechthilde de Rozières. Les liens de parenté se sont créés après... Le 1er octobre 1871, Charles de Foucauld entre en troisième au lycée de la ville natale de ce Lyautey (1854-1934) qu'il rencontrera 10 ans plus tard. Le lycée ne porte pas encore le nom de Henri Poincaré et Barrès ne fréquentera ces lieux qu'un peu plus tard (1877-1880). Au printemps 1872, il fait sa première communion. Sa cousine Marie Moitessier, qui deviendra bientôt Mme de Bondy, lui donne un exemplaire des Elévations sur les Mystères de Bossuet. De 8 ans son aînée, elle jouera un rôle capital dans la vie et dans la conversion progressive de Charles de Foucauld en lui écrivant régulièrement durant un quart de siècle. La sœur de celle-ci, future Mme de Flavigny, lui offrira plus tard un autre Bossuet (Toul s'enorgueillit de la maison du père du prélat et la cathédrale de Metz des sermons faits de l'archidiacre entre 1652 et 1650 - voir la statue dans le chœur à gauche). Le 2 juillet 1872, il opte pour la nationalité française. 1873 : Place Stanislas, il assiste au départ des Prussiens. Très loin meurt Livingstone (18131873), explorateur et missionnaire qui lutta contre l'esclavage en Afrique. Pendant son année de rhétorique (classe de première) il fonde une Académie littéraire (73-74) et passe la première partie du baccalauréat le 12 août, avec dispense d'âge, et obtient la mention « assez bien ». Son officier de grand-père eût aimé qu'il préparât, comme lui, l'Ecole Polytechnique; Charles préfère Saint-Cyr, moins difficile: il est devenu paresseux, et incroyant. Ses grands-parents sont trop faibles avec lui et de mauvaises lectures, entre autres, influencent l'adolescent livré â lui-même. Le voici donc chez les Jésuites parisiens de la rue des Postes, mais il revient dans la capitale Lorraine pour passer la deuxième partie de son baccalauréat, le 5 août 1875, qu'il obtient avec la même mention que la première. Il n'a pas 17 ans... En mars suivant, il est renvoyé de la rue des Postes: travail et discipline laissent trop à désirer. Il passera malgré tout son concours, à Nancy, en juin. Il est reçu 82e sur 412 et entre à Saint-Cyr le 30 octobre. Matricule 3908 ; 1m 67. S'il n'est pas très grand, notre bon vivant est assez gras : on doit lui tailler un uniforme sur mesure ! A Saint-Cyr (école détruite par les bombardements de 1944), son chef de dortoir est le futur colonel Driant (1855-1916, officier, écrivain et député de Nancy en 1910) ; et Sarrail (1856-1929) est celui de Pétain (1856-1951). Tous les deux sont de deux ans les aînés de Charles de Foucauld, comme ses amis Camille et Louis-Joseph Lambert (1856-1896), jumeaux natifs de Verdun (l'un portait le matricule 4272). Le premier sera major de promotion et chef d'escadron ; le second, reçu 5e, capitaine d'Etat-Major; il repose au cimetière du Sud à Nancy. «Charles était distingué, racé, très doux et si gentil», disait Camille, qui oubliait de préciser « et si paresseux!». Ensemble, ils partiront dans les sables algériens et... sableront le champagne plus d'une fois! En 1892, la sœur des frères Lambert épousera le peintre-décorateur vosgien Louis Guingot (1864-1948), inventeur du camouflage militaire en 1914 (voir tome 1). 1878 : l'année de ses vingt ans. I1 accourt à Nancy le 1e février : le grand-père bien-aimé, qui a eu la faiblesse de l'élever de manière trop douce, se meurt, à 81 ans. I1 décède le 3 et sera enterré au cimetière de Préville (749-750, 2e, Allée N). Ainsi s'écroule le dernier rempart familial contre toutes les folies : Charles sort de Saint-Cyr 333e sur 386 ! Nommé sous-lieutenant, il arrive à l'Ecole de Cavalerie de Saumur le 31 octobre. Il chevauchera plutôt la gueuse... Débauches diverses, fanfaronnades ; la dolce vita continue de plus belle. «II ne pense qu'à s'amuser». Ce grand gosse a manqué de véritables parents. Et comme il est fortuné, il ne prend même pas la peine d'aller toucher sa solde ! En 1879, le voici au 4e Régiment de hussards à Sézanne. La ville, trop petite, lui déplaît. I1 demande d'être muté à Pont-à-Mousson, au pays de ses racines. Et c'est à nos racines que Dieu nous attend tous, pas au bout de nos pauvres branches... En face de l'Auberge du Chariot d'Or, il loue à Melle Clémence Guerquin un « studio» sombre et tranquille au carrefour des rues Paisible (actuelle rue A. de Lémud) et de l'Union (ex-rue des Huilliers et future rue des Alliés, puis rue Clemenceau), à l'actuel N° 24 bis. Cette rue est parallèle à la rue des Pénitents. Présage? La maison possède deux étages et un grenier mansardé. Elle semble dater du XVII" siècle. Une borne d'angle, arrondissant l'arête des deux murs extérieurs, servait à éviter les dégradations engendrées par les chocs des chariots serrant trop à droite en tournant. Deux marches pour entrer, rue de l'Union ; petite porte (contrastant avec celle qu'il franchissait à Nancy) surmontée d'une niche abritant une statuette de la Vierge (certainement pas celle de 1879). La petite fenêtre au-dessus est celle du débarras où notre débonnaire cagnard stockait ses bonnes bouteilles, d'après la tradition orale. Merci à Mme Mauer, de nous l'avoir appris... En face donc, un ancien couvent devenu auberge lubrique, qui deviendra cinéma Eden puis cinéma Rex... La Faute et la Foi. Je crois au génie du lieu qui vous parle des êtres avec lesquels il a d'abord conversé. Et la conversion de Charles de Foucauld, dans ses prémices, n'est pas loin ; lente et progressive, certes, comme toute conversion, car. Dieu ne retourne pas les âmes comme des crêpes, d'un coup de poêle ou de baguette magique. L'auberge dans le couvent. Pour le hussard, par hasard (7), c'est le contraire : l'ermite dans le sybarite ; dans le matérialiste, fruit d'une époque rationaliste et scientiste qui ne jure que par Taine ou Ernest Renan (1823-1892), sommeille le croyant qui se jettera dans les bras de Dieu, comme Paul Claudel (1868-1955) en 1886 ou Ernest Psichari (1883-1914) - écrivain, petit-fils de Renan justement - en 1912. A quelques pas de la belle place aux vénérables arcades qui porte le nom de Duroc (général d'Empire né à Pont-à-Mousson en 1772 et tué aux côtés de l'Empereur à Wurtzen, en 1813, par un boulet perdu), la lumière pénètre moins souvent dans l'appartement enfumé du militaire, qui par snobisme n'utilise qu'une seule et excellente marque de cigares, que les demoiselles de petite vertu ternie qui débarquent parfois de la capitale où Charles de Foucauld a d'ailleurs conservé une garçonnière, rue de La Boétie. L'une de ces dames, demi-mondaine, a la préférence du. « blouson doré » dont les revenus s'élèvent à plusieurs millions par mois. Charles l'appelle Mimi. Un an plus tard, en décembre 1880, le régiment de hussards se convertit en 4e Chasseurs d'Afrique, et il est envoyé dans cette Algérie conquise depuis un demi-siècle et où certaines tribus se rebellent. Comme le régiment a changé de nom en changeant de mission, Charles de Foucauld va se transformer, mais de l'intérieur, et lentement, sous l'influence déterminante de la découverte d'un monde religieux nouveau: celui de l'Islam et des croyants convaincus musulmans. C'est Mahomet qui ramena Foucauld à Jésus. Il faut, presque un siècle plus tard, comme mon ami Jean Crécély et moi-même, être tombé en panne d'essence à 50 km de Sétif, sur la route surchauffée d'un plateau désertique où l'alfa est plus rare que le sable ou les cailloux, pour comprendre l'impact que peut avoir ce prolongement de l'Orient sur l'âme occidentale. Il faut, en moins de 24 heures, avoir été propulsé à l'orée du Sahara, dans l'oasis de Bou-Saada ou dans celle de Biskra, qui enchantera Gide en 1893-94, pour ressentir cet appel du silence plus fort que toute autre voix ; et ces lignes étranges du romancier pourraient être écrites par le soldat (bientôt soldat du Christ): « J'entendais, je voyais, je respirais, comme je n'avais jamais fait jusqu'alors ; et tandis que sons, parfums, couleurs profusément en moi s'épousaient, je sentais mon cœur désœuvré, sanglotant de reconnaissance, fondre en adoration... - Prends-moi! Prends-moi tout entier, m'écriais-je. Je t'appartiens. Je t'obéis. Je m'abandonne. Fais que tout en moi soit lumière... » Il faut être allé en Libye et avoir vu par exemple dans le souk de Benghazi, le marchand de djellaba se mettre à prier à genoux au milieu de son échoppe, au lieu de vous servir, alors que son voisin est prêt à vous vendre ce que vous devez attendre religieusement durant dix minutes... Très vite, les autorités militaires de Sétif demandent à l'orgueilleux vicomte de choisir entre l'armée et Mimi qui a traversé la Méditerranée avec lui et avec laquelle il fait scandale dans la petite ville de garnison. Charles choisit l'amour (si l'on peut dire) contre l'ordre et, le 20 mars 1881, le voici à Evian, avec sa compagne, à Evian - dont le Nancéien Jean Prouvé réalisera la fameuse buvette et où seront signés les accords de 1962 mettant fin à la guerre civile en Algérie. Quelques semaines plus tard, il apprend par la presse que son ancien régiment est engagé dans le sud Oranais contre les révoltés de Bou-Amada. Il quitte Mimi, demande sa réintégration au milieu de ses ex-camarades : désir d'agir plus fort que la paresse, altruisme héroïque plus puissant que l'égoïsme. L'Esprit saint est passé par Sétif. En tout cas, la conversion est d'abord morale. 1881 : Charles de Foucauld va désormais suivre sa pente, mais en montant.« Dès qu'on a fait un pas hors de la médiocrité, on est sauvé », affirmera Ernest Psichari, cet autre centurion converti par l'Afrique du Nord. 1881 est l'année des premiers véritables combats du vicomte, celle où l'officier Flatters (1832-1881), chef de mission transsaharienne est massacré par les Touareg, celle où Foucauld se lie pour toujours d'amitié avec deux autres officiers : Laperrine (1860-1920) qui demandera d'être enterré à ses côtés, et Lyautey (1854-1934), le Nancéien.. 1881 est aussi l'année où notre homme va se lier d'amour durable avec le Maghreb. En mars 1882, Charles de Foucauld démissionne de l'armée : comme Brazza (1852-1905), il sera un explorateur, celui du Maroc interdit aux Européens. On connaît bien la suite de cette vie à laquelle, de toutes ses forces, il veut enfin donner un sens en se donnant totalement à une juste cause. Il s'installe à Alger, derrière le jardin Marengo, 58 rue Rampe Valée. Moins de 20 ans plus tard, l'écrivain meusien Louis Bertrand (1866-1941) résidera au N° 35. Charles de Foucauld mène une existence proche de la misère. Sa famille, sauf sa cousine Marie, rejette l'enfant prodigue et lui assigne d'ailleurs un conseil judiciaire (qui sera levé à Nancy sept ans après ; exploit du 22.1.89). Le 10 juin 1883, il part pour le Maroc, et pour un an, accompagné d'un guide juif. Lui-même est déguisé en rabbin, comme il le fut en clochard, un jour, à Saumur, par pure plaisanterie... Né en Moscovie, il s'appelle Joseph Aleman. Joseph, comme l'époux de Marie ; Aleman, peut-être à cause de ces Alamans qui donnèrent son premier nom à sa ville natale de Strasbourg ; peut-être à cause de ce Foucauld qui s'était allié, au XVIIIe siècle, à la famille du Lau d'Allemans (Béarn)... Pour avoir ajouté 2250 km aux 689 connus, il recevra, le 4 juillet 1884, un diplôme de membre de la Société de Géographie dont le Président est Ferdinand de Lesseps. L'avant-dernier jour del'année, sa sœur Marie épouse M. Raymond de Blic. Notre grand Charles aura pour filleul le petit Charles, futur amiral, second enfant d'une famille qui en comptera sept. Trois se marieront et auront chacun huit enfants : Maurice avec Mechthilde de Rozières (7), Charles avec Nicole Neffre et Jeanne avec Jean d'Hamonville. 1885-1886 : voyage d'étude en Algérie et Tunisie du sud. Il en rapportera 134 croquis. De retour à Paris, en février, il s'installe dans le 8e arrondissement, 50 rue de Miromesnil (8). Dans son appartement, il vit de manière arabe tout en rédigeant le rapport de ses découvertes exceptionnelles. A 200 m, habite sa cousine Marie de Bondy. Elle est l'une des trois Marie importantes de la vie de Charles de Foucauld (sans parler de la Vierge Marie), cousine dont la mère, Mme Moitessier née Inès de Foucauld, tante de Charles, reçoit tous les dimanches dans son Hôtel du 42 de la rue d'Anjou ; une très belle femme dont Ingres fit deux fois le portrait. C'est chez elle que l'explorateur maghrébin rencontre l'abbé Henri Huvelin (1838-1910), un saint homme qui fera de lui, définitivement, un explorateur de Dieu. Fin octobre 86, Charles se confesse et communie à l'église Saint-Augustin. Le prêtre est un convertisseur d'âmes rebelles: il a déjà ramené à Dieu le coriace Littré (1801-1881). Né à Laon, il a été baptisé à Saint-Martin de Colmar le 30 avril 1840. Comme Charles de Foucauld, il est un homme de l'Est, de l'Orient, là où le soleil se lève. Il demeure 6 rue de Laborde et il est attaché à la paroisse consacrée au fils de Sainte Monique. Il n'y a pas de hasard, tout est providence, « tout est grâce» affirmera le demi-lorrain Bernanos (1888-1948). Saint Augustin est né en Algérie (354-430). Après une jeunesse orageuse semblable à celle de Charles de Foucauld, il se convertit... Et l'évêque d'Hippone devient le plus célèbre Père de l'Eglise latine. On connaît ces paroles merveilleuses : « Aime et fais ce que tu veux... La seule mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure». Et la felix cu/pa d'Adam, l'heureuse faute ne peut-elle pas s'appliquer aux fautes heureuses du saint-cyrien ? (9) 1888 : l'année de la mort de la grand-mère qui l'avait élevé, seconde épouse du colonel de Morlet, paraît, le 4 février, Reconnaissance du Maroc. Reconnaissance : a-t-on déjà réfléchi au sens profond du mot choisi ? Charles n'est pas un ingrat : il sait à quels horizons il doit le meilleur de lui-même... La gloire suit la fortune. L'ouvrage est remarqué. Il sera réédité en 1934 et 1939. En tous cas, en 1932, la seule carte existante du sud marocain était encore celle tracée par Charles de Foucauld. En août, alors qu'il séjourne chez sa cousine Mme de Bondy, il visite la Trappe de Fongombault : il sera trappiste, Dieu seul suffit... En septembre, il effectue une période militaire à Lille, où Charles de Gaulle va naître deux ans plus tard. Et fin novembre, après un passage rapide à Nancy, il part en Terre Sainte sur le conseil de son confesseur. Le 10 janvier 1889, année anniversaire de la Grande Révolution, le jour où Thérèse Martin (1873-1897) de Lisieux prend l'habit de carmélite (Thérèse de l'Enfant Jésus sera canonisée en 1925), notre pèlerin de l'absolu arrive à Nazareth. Février 89 : retour en France, suivi de quatre retraites spirituelles. Avril : abbaye bénédictine de Solesmes. Mai : grande Trappe de Soligny ; et, en ce mois de Marie, il se consacre au Sacré Cœur de Jésus à la récente basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Octobre-novembre : Trappe Notre-Dame des Neiges (Ardèche), après avoir fêté son 31e anniversaire. Novembre-décembre : villa Manrèse (Clamart), chez les Jésuites qu'il connaît de longue date. Le 18 décembre, il est à Nancy. Sans doute, entre autres, va-t-il sur la tombe de ses grands-parents. Si le grain ne meurt... Dans son évolution, sa famille a joué aussi un grand rôle, mystérieux. 1890 : la tour Eiffel, fille du fer lorrain de Pompey, est née. Elle est le symbole d'une époque béate qui ne jure que par la science et par la technique qui devraient enfanter progrès et paradis terrestre. Fallait-il 14-18 pour que nos ancêtres tombent des nues? Le 26 janvier, Charles de Foucauld, qui sait maintenant où sont la Vérité et le seul chemin, prend l'habit à Notre-Dame des Neiges et le nom de Frère Marie-Albéric (fête du jour, mais Marie tout de même). Située sur la commune ardéchoise de Saint-Laurent-les-Bains, cette Trappe, détruite par un incendie en 1912, a été reconstruite un peu plus loin. Cinq mois après, sur sa demande, Frère MarieAlbéric arrive pour six ans à la Trappe d'Akbès en Syrie (créée en 1882). D'une part, il se retrouve dans le monde arabe qu'il aime, d'autre part, il vit dans un environnement beaucoup plus proche de la pauvreté intégrale dont il rêve, la pauvreté de Jésus â Nazareth. Au début de .l'année suivante, il fait don à sa sœur de tout ce qu'il possède rue de Miromesnil à Paris et il démissionne de toutes les sociétés ou institutions civiles ou militaires dont il faisait partie. Il n’a plus qu'un parti :bl'Amour. En 1892, il prononce ses voeux simples. A 38 ans, vers la fin de son séjour, il manque de mourir : la guerre entre les Arméniens et les Kurdes, dans le secteur d'Akbès, fait 150 000 morts : « Nous aurions pu mourir. Je n'en ai pas été digne», écrit le trappiste à sa cousine. A l’automne de la même année, il passe quelques semaines à Staouëli, près d'Alger. Il apprend qu'on lui demande d'étudier la théologie, à Rome, durant deux ans. On a de .l'ambition pour le vicomte ! En novembre, il est dans la capitale de la chrétienté. Heureusement, cette mise à l'épreuve ne dure que jusqu'au 17 février 1897. En juin, il peut renouer avec le pays natal du Christ. C'est en Palestine qu'il va réaliser qu'il peut et doit être prêtre. En mars 1899, Charles de Foucauld devient Frère Charles de .Jésus. Un an plus tard, il veut acheter le Mont des Béatitudes pour y vivre en ermite palestinien. Les tractations n'aboutissent pas. En revanche, c'est l’époque où Fernand Foureau (1850-1914), au Tchad réussit la première liaison entre les trois parties de l'Afrique française. Cet explorateur du Sahara prit part à l'expédition de son confrère officier François Lamy qui relia Ouargla à Zinder (Niger). Notons que Lamy naquit la même année que Charles de Foucauld, près de Cannes, à Mougins, là où mourra Picasso. Sa maison natale est toujours debout et sa statue se dresse sous les platanes (10), en face du restaurant L'Amandier tenu par le célèbre Roger Vergé. Lamy est mort en 1900 à Kousseri et la capitale du Tchad pacifié prit son nom ; mais Fort-Lamy devint D'jamena. 1900 : Frère Charles de Jésus retrouve Paris en août, Rome en septembre et sa sœur au début de l'automne. Il y a dix ans qu'il n'a pas revu sa famille. Puis il rejoint Notre-Dame des Neiges pour un an. Il y prépare le sacerdoce. La dernière nuit de l'année et du siècle, il la passe en prière devant le saintsacrement. Le 29 mars, il devient diacre en la chapelle du séminaire de Nîmes, saint lieu devenu dépôt des archives du département du Gard. Il y a un quart de siècle - qu'en est-il maintenant ? - on pouvait encore y voir l'ancienne chapelle et la cellule de Charles de Foucauld, qui est ordonné au séminaire de Viviers (en Ardèche, près de Privas) le 9 juin. Jusqu'à la fin de sa vie, il sera « prêtre libre » de ce diocèse et, à partir de fin août; utilisera comme emblème distinctif un cœur surmonté d'une croix, le tout encadré par les deux mots de Jésus et Caritas, écrits avec l'orthographe romaine. 1901 : après l'officier en proie aux premiers signes de la conversion, après l'explorateur marocain, après le trappiste syrien et le solitaire palestinien, voici l'apôtre algérien du désert. Le 28 octobre, 15ème anniversaire de sa confession et de sa « seconde première communion » à l'église Saint-Augustin, il se fixe à Béni Abbès, près de la frontière marocaine, un peu au sud de Colomb-Béchar. Il y dit sa première messe le 1er décembre : 15 ans plus tard, il sera assassiné. Désormais, il devient « le Père» Charles de Foucauld, par assimilation aux Pères blancs, ordre missionnaire africain fondé par Mgr Chartes Lavigerie (1825-1892), celui qui préconisera aussi, en 1890, le ralliement des catholiques à la République. Certains attendent le prélat français qui aura assez de logique et de courage pour demander aux catholiques d'aujourd'hui de se rallier au gouvernement actuel ! « Khouia Carlo», le frère universel, habite alors « la Khaoua», la Fraternité. Par sa vie très austère et frugale, il veut, entre autres, expier sa gourmandise d'hier. En janvier 1902, il rachète pour la première fois un esclave et ne fait que commencer une action sociale qu'il poursuivra toute sa vie. Les saints sont de vrais réalistes. L'esclavage, rappelons-le, fut supprimé en France, et dans ses colonies, par la noble révolution de 1848. Lamartine (1790-1869), chef du Gouvernement provisoire, eut l'initiative de ce décret rédigé par Victor Schoelcher (18041893), ce qui valu à ce dernier d'avoir les honneurs posthumes du Panthéon. François Mitterrand s'est incliné sur sa tombe le 21 mai 1981. Admirateur de Lamartine, notre Président devrait encourager le transfert des cendres du de Gaulle du XIXème siècle au Panthéon, non ? Ce ne serait que justice rendue à celui auquel nous devons, entre autres, la suppression de l'esclavage et de la peine de mort dans le domaine politique, le maintien du drapeau tricolore et l'élection au suffrage universel du Président de la République. Ecrivez à l'Elysée ! A la même époque, ayant réfléchi longuement sur le rôle de la femme dans toute action charitable, notre Charles rédige la règle des Petites Sœurs du Sacré Cœur de Jésus. Cette congrégation ne verra le jour qu'en 1933 (Hitler arrive au pouvoir), à Montpellier. Son fondateur est mort sans disciple, mais les semailles étaient faites... Après une tournée au Sahara avec Laperrine (1904), Charles de Foucauld commence à traduire les quatre Evangiles en langue touareg. En janvier 1905, il rencontre Lyautey (qui aura toujours un portrait du Père sur son bureau du château de Thorey, en Meurthe-et-Moselle, au pied de la colline de Sion), puis il s'installe le 19 août 1905 à Tamanrasset où il devait mourir 11 ans plus tard. Rappelons aussi que de Gaulle, le chantre de « la France de Dunkerque à Tamanrasset» avait dans sa bibliothèque de La Boisserie une relique de l'Apôtre du Hoggar, (11), surnommé aussi J'éminence grise du Sahara, qui prônait l'apprivoisement des indigènes. Ce terme n'est pas sans annoncer l'extraordinaire chapitre XXI du Petit Prince (1943) d'Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), autre héros du désert, où l'on assiste au dialogue entre l'enfant et le renard :« Apprivoiser, ça signifie créer des liens (...). On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux».
Trois voyages en France auront lieu durant cette dernière période
de la vie du Père Charles. Son état de santé n'y
est pas indifférent (12). Chaque fois, il ne manquera pas de
revenir dans l'Est de sa naissance et de sa jeunesse : Un an plus tard, c'est la guerre, mais la nouvelle n'arrive au Hoggar qu'un mois après la déclaration des hostilités ! 1915 : celui qui a passé quatre ans en voyages dans le désert, parcourant plus de 12000 km, en partie à pied, achève le dictionnaire Touareg-Français. Les travaux scientifiques et littéraires, parfois réalisés par plus de 52 degrés à l'ombre, alternent avec les tâches matérielles et la prière, dans une vie de grande pauvreté. La terrible année 1916 arrive. C'est celle de la bataille de Verdun et des derniers combats terrestres du Père Charles de Foucauld. Le 25 mars, il affirme que sa pensée constante est sur le front. Le 11 avril, des Senoussistes investissent le fort de Djanet (14). En août, notre admirateur de la Fontaine a fini sa traduction de 5000 vers touareg. En deux ans de guerre plus ou moins larvée dans les départements français d'Algérie, il a recopié 575 textes, de la poétesse Dassine en particulier. Un bordj carré de 14 m de côté a été terminé en trois mois. Les murs ont 9 m de haut et 2 m d'épaisseur. Charles de Foucauld mourra, trahi et assassiné bêtement par des pillards senoussistes, devant la porte de cette maison fortifiée, le 1er décembre... Sa vie, de 1858 à 1916, aura été marquée par la guerre ou le métier des armes - devenu, pour lui, métier des âmes -. Son testament, en deux pages (Asekrem, le 13 décembre 1911), énumère de manière inattendue tout ce qu'il possède, c'est-à-dire, sans compter le bordj-ermitage récent, quatre maisons (le mot y est dix fois), et il se termine par ces deux phrases : « Je désire être enterré au lieu même où je mourrai et y reposer jusqu'à la Résurrection. J'interdis qu'on transporte mon corps et qu'on l'enlève du lieu où le Bon Dieu m'aura fait achever mon pèlerinage». En 1920, sera publiée une ébauche de grammaire qui complète son œuvre linguistique composée de quatre dictionnaires, deux recueils de poèmes et un livre de proverbes et textes en prose. Deux ans après, mourra sa sœur et sera inaugurée, à Casablanca, en présence de Lyautey qui fera un discours émouvant, dans les jardins publics près de la cathédrale du Sacré Cœur, la simple stèle de marbre portant ces mots : « A la mémoire de Charles de Foucauld, explorateur du Maroc en 1883-1884, officier-explorateur-prêtre, apôtre du Sahara, mort pour la France à Tamanrasset (Hoggar), le 1er décembre 1916». En 1927, le corps du Père de Foucauld sera transporté à El Goléa, dans la propriété des Pères Blancs, «en attendant le jugement de l'Eglise sur la sainteté du serviteur de Dieu» (G. Gorrée). Cette seconde tombe est devenue lieu de pèlerinage protégé par la République Socialiste Algérienne. Pour terminer, signalons que la maison d'ln Salah, dans le Ksar El Arab, achetée 90 francs en février 1907 et revue trois fois par son propriétaire (années de ses trois derniers voyages en France) a disparu sous les sables vers 1923. Le bordj-ermitage, lui, fut rendu à la vénération des pèlerins du désert après avoir été transformé en dépôt d'armes, de munitions et d'explosifs ( !!! ) dans les années trente. Restauré en 1939, l'ermitage de l'Asekrem, situé à presque 3000 m dans le Hoggar, est redevenu aussi un de ces lieux privilégiés où l'on peut retrouver l'esprit d'un de nos plus grands « saints» contemporains qui fut à la fois un conquérant, un homme d'action et de prière, un frère rempli de sagesse humaine et surnaturelle. Marcel Cordier *** NOTES (1)
Un autre Alfred, Alfred de Musset (1810-1857), contemporain de Chopin
et amant de George Sand comme le compositeur, vint plusieurs fois â
Mirecourt où il scandalisa la bonne société. Son
oncle, M. Desherbiers, y était sous-préfet durant la Restauration. |